Deux plaques de marbre à la Mairie du XXème arrondissement

Les mariés sont heureux et beaux, surtout la mariée. Les familles et les amis sont sympathiques. Le soleil aussi est au rendez-vous. Place Gambetta, devant la Mairie du XXème arrondissement, les glycines de Chine sont en fleurs et, dressées en arbres maîtrisés, on les prendrait pour des lilas. Les cérémonies se succèdent de quart d’heure en quart d’heure et nous devons patienter sur le palier qui mène à la Salle des mariages. Deux grands panneaux de marbre blanc portent en lettres dorées les noms et les dates des maires successifs de l’arrondissement et ceux de leurs conseillers. Rien que de très banal. Mais, entre ces deux listes, deux petites plaques plus discrètes, bien qu’en position centrale et élevée, attirent mon attention. La première plaque rend hommage à trois héros de la Commune de Paris : Jules Bergeret, Alexis-Louis Trinquet, Auguste Viard. Je note les noms dans le mémento de mon téléphone intelligent. Il faudra que je me procure le Dictionnaire de la Commune de Bernard Noël. En attendant, je me fie à Wikipedia. Bergeret fut le commandant en chef de la place de Paris, qui guida la malheureuse offensive contre les Versaillais. il participa avec deux autres fédérés, un garçon boucher dénommé Bénot et un certain Étienne Boudin, à l’incendie des Tuileries. Trinquet, pendant la Semaine sanglante, combattit sur les barricades de Belleville. Viard, membre de la Commission exécutive, faisait partie des « durs » qui votèrent la création d’un Comité de salut public et fut condamné à mort par contumace. La deuxième plaque honore Gabriel Ranvier, « maire » du 26 mars au 28 mai 1871. Il était peintre et décorateur en laques et sur porcelaine. C’est lui qui proclama la Commune à l’Hôtel de Ville, le 28 mars. Les guillemets en lettres noires indiquent que la légalité de son mandat peut se discuter, mais la présence de ces quatre noms d’insurgés entre les deux listes officielles des édiles oubliés proclament la légitimité historique de l’action révolutionnaire et l’attachement affectif d’un quartier de Paris à ses héros d’un autre âge. Vive la Mairie ! Vive la mariée !

2 commentaires

  1. Bravo pour cette initiative, André !
    Pour ce qui concerne ces plaques de mairie : c’est ainsi que j’aime l’histoire !
    De l’anecdote à …l’histoire!
    Tu es exceleent prof!

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