Une visite à M. Chaminé da Mota, alfarrabiste à Porto.

 L'alfarrabiste Chaminé da Mota, dans sa boutique de la Rua da Rosa, à Porto (août 2011) (Photo André Lange-Médart)

L’alfarrabiste Chaminé da Mota, dans sa boutique de la Rua da Rosa, à Porto (août 2011) (Photo André Lange-Médart)

L’histoire est assez incroyable. En 1998, je recherchais la brochure d’Adriano de Paiva, La téléscopie électrique basée sur l’emploi du sélénium, José da Silva, Porto, 1880, une des toutes premières publications scientifiques imaginant un dispositif de transmission des images à distance. Après avoir, en vain, fait le tour des alfarrabistes de Lisbonne et de la plupart de ceux de Porto, quelqu’un m’avait conseillé : « Allez voir Chaminé da Mota, Rua das Flores. Il se prend pour le sauveur du Portugal et conserve tout« . Nous y étions allés. La boutique était alors un véritable capharnaüm. Après une demi-heure de recherche infructueuse, consacrée à la manipulation de vieux bottins de téléphone, de traités de formation des standardistes datant de l’époque de Salazar, M. Chaminé m’avait promis de me retrouver cette brochure, dont il ignorait l’existence. Nous étions à peine sorti du magasin qu’il nous courrait après, devant l’Eglise de la Miséricorde. « Je l’ai trouvée, je l’ai trouvée. » De retour à Strasbourg, je m’empressai de scanner cette rareté et ce fut lé début de mon site Histoire de la télévision.

A l’occasion de cette visite, j’avais repéré la traduction en portugais du livre Le téléphone de Théodore du Moncel, paru dans la Bibliothèque des Merveilles, et qui mentionnait le téléphote. De retour à Strasbourg, je commandai ce petit livre à M. Chaminé da Mota. L’ouvrage arriva, emballé avec l’art unique que les Portugais savent mettre à l’emballage de toutes choses. Je réglai la facture par chèque.

Au début de cette année, je reçu une aimable lettre de M. Chaminé da Mota, tapée sur une machine à écrire des années 60, m’indiquant que la facture n’avait pas été honorée. Etonné de cette réclamation tardive, mais ne doutant pas de la bonne foi de l’alfarrabiste, j’envoyai un nouveau chèque, cette fois en euros, vingt euros et quelques cents. Le chèque me revint avec l’explication que son encaissement coûterait plus cher que son montant. J’étais invité à venir régler la facture lors d’une prochaine visite. Cela tombait bien, puisque des amis nous avaient invités à Porto.

Mardi dernier, ma première activité à été de rendre visite à M. Chaminé da Mota, alfarrabiste, pour régler une dette remontant à 1998. M. Chaminé da Mota était là, dans sa boutique, tapant à la machine en dessous des bustes de Camillo Castello Branco, Eça de Queiros et de Guerra Junqueiro. Il ne me reconnut pas immédiatement, mais n’eut pas de peine à retrouver mon dossier, contenant, outre notre correspondance, un tiré à part d’un article d’Adriano de Paiva. Il se souvenait très bien de la découverte de la brochure qu’il avait faite pour moi, dans ses trésors enfouis de  et commença à nous parler des derniers descendants de la famille de Paiva.

La boutique est bien plus rangée qu’elle ne l’était lors de notre première visite. Nous avons droit, comme la première fois, à une démonstration de la rare collection de livres à tranches peintes (« fore edge painting« ), qui n’apparaissent qu’à l’oeil expert du bibliophile. Et, privilège, nous sommes invités à visiter les réserves des étages – mêlant éditions rares des Luisiades et vieux albums du Journal de Tintin – et le petit musée privé : collections de chapeaux, coupes-papier, boîtes à musique. Derrière une petite statuette kitsch de naïade, une bulle papale…

M. Chaminé da Mota, alfarrabiste à Porto, ne sauvera pas le Portugal avec sa vieille machine à écrire et ses collections inattendues. Mais, alors que la Livraria Lello e Irmão, bel ensemble Art nouveau, est envahie par des hordes barbares de touristes qui semblent visiter pour la première fois une librairie, au moins sauve-t’il l’esprit, l’aura et cette indicible délicatesse de la bibliophilie.

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