« Ah ! C’est donc ici la rue du Pêché ! »

23 juin 2021

Aujourd’hui, France-Portugal. Le match à ne pas perdre pour les Portugais si ils veulent se qualifier pour les huitièmes de finale. Le match est à 20 heures, mais dès 19 heures, les rues sont vides. Dans la Baixa, je prends une photo de la Rua da Prata, d’habitude encombrée de voitures, qui aurait pu être prise au temps du confinement.

Rua da Prata (Photographie André Lange-Médart)

Nous décidons d’aller suivre le match au Cantinho ao Sol, à la même terrasse que celle où nous avions suivi Hongrie-Portugal. Le public est très différent. Plusieurs tables ont été réservées par un groupe de jeunes Portugais. Deux tables sont occupées par des Français. L’Angolais qui égrainait son chapelet pendant le match est là, debout. Il explique aux Français qu’il a longtemps vécu à Marseille, mais ne se prononce pas sur ses préférences.

Pendant que l’équipe française chante La Marseillaise, parfois du bout des lèvres, les Français restent assis, sourient. Lorsque l’équipe portugaise entonne A Portuguesa, les jeunes Portugais se lèvent et chantent en choeur, de bon coeur. Mina me traduit les paroles. Je me retourne vers un jeune aux cheveux teintés en blonds cachés sous le bonnet de sa vareuse. Il me voit et dit en souriant « A Patria ! ». Si le patriotisme sportif est un exutoire au nationalisme guerrier, vive le football ! Mais est-on sûrs que c’est le cas ? « Aux armes ! Aux armes ! ».

A Portuguesa



Heróis do mar, nobre povo,
Nação valente, imortal,
Levantai hoje de novo
O esplendor de Portugal!
Entre as brumas da memória,
Ó Pátria, sente-se a voz
Dos teus egrégios avós,
Que há-de guiar-te à vitória !


Às armas, às armas !
Sobre a terra, sobre o mar,
Às armas, às armas !
Pela Pátria lutar
Contra os canhões marchar, marchar !
La Portugaise



Héros de la mer, noble peuple,
Nation vaillante, immortelle,
Relevez aujourd’hui de nouveau
La splendeur du Portugal !
Entre les brumes de la mémoire,
Ô Patrie, on entend la voix
De tes illustres aïeux,
Qui te guidera vers la victoire !


Aux armes, aux armes !
Sur terre, sur mer,
Aux armes, aux armes !
Pour la patrie, il faut lutter !
Contre les canons marcher, marcher !

Jeunes supporters portugais (Photographie André Lange-Médart)

A la vingt-septième minute de jeu, le gardien de but français Lloris rate sa sortie et donne un coup de bras à Danilo. Quelques jeunes supporters portugais se lèvent et crient au penalty. Je ne vois plus ce qui se passe à l’écran.

Penalty ! (Photographie André Lange-Médart)

Je me déplace dans le coin du Cantinho. Je ne sais pas ce qui se passe, mais j’ai vite compris que Ronaldo va tirer le penalty, qu’il marque.

Goal ! (Photographie André Lange-Médart)
Après le goal (Photographies André Lange-Médart)

A la quarante sixième minute, l’arbitre siffle un penalty en faveur de la France. Je n’ai pas vu la scène, mais le critique du Guardian, source impartiale, écrit que c’est une décision erronée. Je vais me poster pour photographier la joie de la table des Français. Ils ne bronchent pas. Je crois que le tir est raté, d’autant qu’une jeune Portugaise se retourne vers eux toute souriante. Non, Benzema tire juste. Consternation.

Après le but français (Photographie André Lange-Médart)

C’est la mi-temps. Un vent froid souffle. Je n’ai pas envie de rester. Nous décidons de rentrer. Mina est très inquiète. Tous les chauffeurs de taxi doivent être en train de regarder le match et nous allons devoir rentrer à pied.

Heureusement, nous trouvons un taxi disponible sur la Praça do Commercio. Une jeune femme est au volant, ce qui est très rare à Lisbonne. Elle conduit rapidement, avec nervosité, parle avec verve. L’Avenida ne m’a jamais paru aussi courte. « Tous les hommes regardent le match. Quand le match sera fini, si le Portugal perd, ils boiront, puis rentreront à la maison et feront chier leur femme. Si le Portugal gagne, ils boiront, rentreront à la maison et feront chier leur femme ». Elle ne situait pas la rue où nous logeons, mais la connaît de réputation. D’habitude, dans ce quartier bourgeois et résidentiel (Ronaldo, depuis peu, habite à deux pas), il y a le soir une prostituée à chaque coin de rue. Ce soir, il n’y en a aucune, Elles sont en chômage technique. « Ah ! C’est donc ici la rue du Pêché ! ». Cette femme est vraiment sympathique. A travers le plexiglas de protection, j’essaye de fixer son visage.

« Ah ! C’est donc ici la rue du Pêché ! » (Photographie André Lange-Médart)

1 commentaire

  1. je revoyais hier une émission historique… »Voulez- vous la guerre totale? »
    OUIIIIIIIIIIIIIIII
    TRÈS BELLES PHOTOS, majorité de jeunes. Est-ce à dire que les vieux regardent le match à la télé?
    Toi André, au moins tu restes jeune! Lionel

    J'aime

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