Estrela by night

13 juin 2021

Dimanche. Nous comptions aller à Alfama pour la fête des Santos popolares, mais nous respectons l’appel des autorités à ne pas s’y rendre. Les craintes d’une quatrième vague se confirment. Une polémique, inhabituelle dans une cohabitation plutôt tranquille, se dessine entre le Président de la République, qui vient de faire une déclaration un peu étrange « Un nouveau confinement ? Jamais avec moi » et le Premier Ministre.

Ginko biloba, Jardim das Amoreiras (Photographie André Lange-Médart)

Nous ne sortons qu’en soirée. Après dîner, nous rejoignons le petit Jardim das Amoreiras, au pied de l’aqueduc. Quand nous y passons, nous ne pouvons pas ne pas penser à notre ami Tozé, qui nous y fit découvrir le gingko biloba, un curieux arbre préhistorique, importé de Chine. Il a de curieuses feuilles triangulaires, non nervurées, qui font penser à des papillons. Il est très résistant et a, parait-il, été le premier à repousser à Hiroshima après la destruction par la bombe atomique. Les Chinois le considéraient comme un arbre sacré et ont découvert depuis des millénaires ses vertus thérapeutiques. Il a des vertus thérapeutiques, mais ne me faites pas dire qu’il pourrait se substituer au vaccin pour prévenir de la Covid-19.

Feuilles de Gingko biloba (Photographie André Lange-Médart)

Sous l’aqueduc (Photographie André Lange-Médart)
Passantes, Jardim das Amoreiras (Photographie André Lange-Médart)

Nous contournons la Mae d’agua, « la mère de l’eau », immense réservoir qui recueillait les eaux de l’aqueduc. C’est un lieu magique, dont il faudra un jour que je vous donne des images. Nous descendons vers le Rato, place carrefour, déserte à cette heure de la nuit.

En descendant vers le Rato (Photographie André Lange-Médart)
Au Rato (Photographie André Lange-Médart)
Passante, Avenida Alvares Cabral (Photographie André Lange-Médart)

De là, nous remontons vers le Jardim de Estrela. C’est un grand parc public, d’ambiance très familiale en journée, où nous venons parfois chercher la fraicheur. A l’autre bout du parc se trouve la Basilique d’Estrela, que fit construire dans la seconde moitié du 18è siècle la princesse Maria, devenue reine en 1777. Sur la droite, le cimetière protestant, où repose Henry Fielding, qui eut la bonne idée de venir mourir à Lisbonne.

La basilique d’Estrela (Photographie André Lange-Médart)
La promenade du chien dans le Jardim d’Estrela (Photographie André Lange-Médart)
Kiosque à musique du Jardim d’Estrela (Photographie André Lange-Médart)
Un arbre du Jardim d’Estrela (Photographie André Lange-Médart)
Arbre dans le Jardim d’Estrela (Photographie André Lange-Médart)
Statue, Jardim d’Estrela (Photographie André Lange-Médart)

Je ne connais pas le nom des arbres exotiques, souvent assez fabuleux, que l’on peut observer dans le parc, comme d’ailleurs un peu partout dans la ville. Quelques statues aussi, dont celle d’Antero de Quintal, un poète romantique que les anthologies décrivent comme le Victor Hugo portugais, mais qu’on ne lit plus beaucoup. Je retrouve dans ma bibliothèque ses Odes modernas et j’en extrais une seule strophe, du poème « Luz do Sol, luz da Razão » (« Lumière du Soleil, lumière de la Raison »), qui convient à mon propos.

« Crepúsculos são sonhos…
E sonhos é morrer…
Sonhar é para a noite
Mas para o dia, ver! »

« Les crépuscules sont des rêves
Et les rêves c’est mourir…
Rêver est pour la nuit
Mais pour le jour, voir! »

Statue d’Antero de Quental, Jardim de Estrela (Photographie André Lange-Médart)

Antero n’a pas connu la photographie de nuit, que rendent possible les soleils artificiels de l’électricité et la maîtrise numérique de la photométrie. Quel joli paradoxe que ceux-ci me permettent d’aller le retrouver dans sa solitude nocturne, au pied d’un réverbère. A quoi rêve-t-il dans ce parc ? Observe-t-il ces promeneurs qui rôdent dans l’obscurité ? Eleveurs de chien, devenus leur esclave, couples songeurs, passantes mystérieuses. Pour le photographe nocturne, rêver la nuit, c’est encore voir. Plus tard, sur l’écran, dans les albums, vie et mort s’entremêleront. La raison technique a offert ce privilège à la lumière. Voir de nuit est plus troublant encore que voir de jour, l’incertitude des existences y déploie ses ombres avec des questions plus noires.

Lectrice, Jardim de Estrela (Photographie André Lange-Médart)
Passante, devant la Basilique d’Estrela (Photographie André Lange-Médart)

Feuilletez l’album complet (31 photos) ici.

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