Le retour de la nuit.

9 juin 2021

Je n’ai jamais beaucoup photographié de nuit. Je n’ai d’ailleurs jamais été un véritable noctambule, ce qui m’empêchera durablement d’être un véritable piéton de Paris. Au fond, je suis trop sage pour avoir encore des copains d’la neuille. Pourtant, j’attendais avec beaucoup d’impatience la levée du couvre-feu, ou, plus exactement, son déplacement de 21 heures jusqu’à 23 heures. J’ai en effet fait l’acquisition, en complément du Fuji X-T4 d’un tout nouvel objectif, arrivé sur le marché au début du mois, le Fujinon XF18mmF1.4 R LM WR, dont j’ai pu lire ici ou qu’il offrait des résultats remarquables pour la photographie de rue nocturne.

Je suis donc sorti vers 21 heures, en direction d’un des lieux mythiques de la vie nocturne parisienne, la rue de Lappe, à deux pas de la Place de la Bastille. Robert Doisneau y a pris quelques clichés fameux (dans Bystanders, ouvrage américain de référence sur l’histoire de la street photography, un de ses portraits d’Arlette est par erreur titré « Rue de Laffe »). Evidemment, je ne me prends pas pour Doisneau, et, de toute manière, on ne danse plus ni musette ni tango rue de Lappe, pas plus qu’on n’y joue de l’accordéon. Les jeunes y viennent pour se retrouver, boire, et probablement consommer quelques substances non homologuées. Tout paraît tranquille, plutôt joyeux, un passage de brigade de police, peu avant 23 heures semble de pure routine. N’ayant ni grande connaissance des lieux ni maîtrise de mon nouvel appareil, ma promenade était purement expérimentale.

Sans entrer dans les détails techniques, je mentionnerais simplement que le Fujinon XF18mmF1.4 R LM WR repose sur une formule optique de 15 lentilles réparties en 9 groupes. Le diaphragme comporte 9 lamelles circulaires et la distance de mise au point minimale est de 20 cm.  A la différence du 18-55 classique fourni dans le kit, un objectif grand angle ne permet pas de zoomer de manière significative. Les seules variables possibles sont sur les focales, de 1,4 à 16, et, bien sûr, le temps de pause, la photométrie et tous les réglages offerts par l’appareil. Pour les photos prises en journée, je commence à obtenir des résultats très satisfaisants. Pour ma première sortie nocturne, je l’ai bloqué sur un temps de pause de 1/125, qui est le minimum pour fixer les mouvements humains et j’ai d’abord testé les focales hautes (16 et 11). Les résultats n’ont été que moyennement probants, permettant d’obtenir des clichés assez banals des ensembles attablés, entre chien et loup, en terrasses Rue Saint-Maur, Avenue Parmentier ou Rue de la Roquette ou encore de le public du concert de rue rencontré sous la statue de Léon Blum, au pied de la Mairie du 11ème arrondissement, une initiative de l’association Onze bouge.

Avenue Parmentier (Photographie André Lange-Médart)

Concert de rue, Place Léon Blum (Photographie André Lange-Médart)

Rue de Lappe, je n’obtenais non plus que des photos de groupes sans grande possibilité d’agrandissement, l’appareil montant, en réglage automatique, très haut dans les ISO, ce qui donne un résultat granulé peu propice pour la mise en évidence des détails saisis au vol, dans la mêlée. Mieux vaut ne pas publier la photo ratée de la jeune fille à la rose qui m’a gratifié d’un sourire triste quand elle a vu que je la visais. Dans la plupart des cas, pour les photographies retenues en témoignage de cette soirée malgré tout un peu historique, j’ai préféré l’ISO le plus bas (6400) mais avec une correction d’exposition au développement sur Lightroom, ce qui est un pis aller.

Rue de Lappe (Photographie André Lange-Médart)

Ce n’est qu’arrivé Place de la Bastille, peu avant le couvre-feu, que j’ai testé l’appareil avec un temps de pause plus long, puis avec un choix automatique de la focale. Et là, le résultat se révèle étonnant. Avec la focale 1,4, l’appareil donne des résultats bien plus précis en 3200 ISO, une niveau de photométrie permettant l’agrandissement. J’ai longé une nouvelle fois, en vitesse, la rue de Lappe. A ce stade, bien entendu, rien de très original dans les sujets. Il ne restait plus en rue que quelques groupes un peu tardifs.

Place de la Bastille (Photographie André Lange-Médart)

Place de la Bastille (Photographie André Lange-Médart)

Rue de la Roquette (Photographie André Lange-Médart)

Rue de la Roquette (agrandissement) (Photographie André Lange-Médart)

Les photos prises avec la focale 1,4, à 3200 iso et 1/125ème peuvent être agrandies sans souffrir de la granulation. Cela permet alors de mettre en évidence ces petites scènes, ces petits gestes, ses expressions d’inconnues que j’affectionne.

Rue de Lappe (Photographie André Lange-Médart)

Rue de Lappe (Photographie André Lange-Médart)

Rue de Lappe (Photographie André Lange-Médart)

Rue de Lappe (Photographie André Lange-Médart)

Passage Thiéré (Photographie André Lange-Médart)

L’objectif révèle alors que, même dans la nuit, il peut fournir un époustouflant degré de netteté, y compris dans le lointain. Je suis en particulier content du cliché du Passage des Taillandiers, avec cette cycliste en train de décrocher le cadenas de son vélo. La perspective brisée de ce passage m’avait déjà intéressé lorsque je l’avais découverte il y a quelques semaines, en plein jour.

La cycliste du Passage des Taillandiers (Photographie André Lange-Médart)

J’avais à peine pris ce cliché qu’un couple s’est approché de moi pour me demander de les photographier. C’était la troisième sollicitation de la journée. Je me suis bien volontiers prêté au jeu. En échange, le jeune homme, Dimitri Gabriel Pongo, m’a fait parvenir un joli selfie. Rien que celui-ci valait bien la sortie nocturne.

Dimitri Gabriel Pongo (Photographie André Lange-Médart)

André Lange-Médart et Dimitri Gabriel Pongo Osango
(Photographie Dimitri Gabriel Pongo Osango)

L’heure du couvre-feu est tombée. Les terrasses se vident, des employés de cafés ou restaurants rentrant tables et chaises. Rue de la Roquette, je photographie l’un d’eux, quasi à bout portant. « Pourquoi ? » « Reportage sur la nuit ! » « Ah, alors ça marche ! ».

Rue de la Roquette (Photographie André Lange-Médart)

Il est temps que je rentre à la maison, tout en attrapant au passage quelques sujets. Des jeunes femmes seules, marchent d’un pas rapide. Courent-elles rejoindre leur amant, comme dans la chanson ?

Rue de la Roquette (Photographie André Lange-Médart)

Rue de la Roquette (Photographie André Lange-Médart)

Rue de la Roquette (Photographie André Lange-Médart)

Avenue Parmentier (Photographie André Lange-Médart)

Rue Saint-Maur (Photographie André Lange-Médart)

Le vieux monsieur à la casquette rouge « Paris » que j’avais photographié sous la statue de Léon Blum est toujours là, assis sur sa chaise, à vitupérer je ne sais qui, l’époque peut-être, les photographes sans doute.

Place Léon Blum (Photographie André Lange-Médart)

Avenue Parmentier (Photographie André Lange-Médart)

Rue Rochebrune, j’attrape un errant devant l’Atelier des Lumières. Une passante qui me croise demande, d’un ton un peu ironique : « La photo est réussie ? ». Je réponds « Bien sûr ! ». Il faut bien crâner un peu.

Rue Rochebrune (Photographie André Lange-Médart)

Feuilletez l’album complet (68 photos) ici.

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