Des nouvelles de mon quartier

9 juin 2021

Aujourd’hui, la nuit va revenir. C’est la levée du couvre-feu, du moins jusqu’à 23 heures. Je ne fais pas de longue promenade, juste un tour du quartier pour aller aux nouvelles. La première de la journée est plutôt triste. La librairie Imagigraphe, rue Oberkampf, celle qui est la plus proche de chez moi, va femer à la fin du mois. La propriétaire prend sa retraite et il n’y a pas de repreneur : les loyers sont trop chers. Le XIème arrondissement est riche en librairies de qualité, comme le note Eric Hazan dans Le tumulte de Paris et comme je le constate depuis des années. L’Imagigraphe n’était peut-être pas la librairie la plus radicale, mais j’y trouvais souvent mon bonheur et leur service de commande était impeccable, ce qui n’est malheureusement pas encore toujours le cas avec les librairies indépendantes. Isabelle Leclerc l’avait ouverte en 2002, l’année où nous sommes arrivés dans le quartier. L’emplacement était celui d’un ancien atelier-garage et des souvenirs de cette origine industrielle ont été conservées : portes de métal, trémie,… La partie basse de cet espace était occupée par de riches rayons de livres pour enfants, de BD, de musiques un peu rares. A côté des offres d’actualité, une table thématique, régulièrement renouvelée, était consacrée à un domaine, une collection d’éditeur alternatif, un courant littéraire. Le type de librairie dont vous sortez avec un ou deux livres complémentaires à celui que vous étiez venu chercher. Une librairie qui meurt est toujours un crève-coeur. Heureusement, tous les employés ont déjà trouvé un nouvel emploi;

L’an dernier, durant les premières semaines du premier confinement, L’Imagigraphe avait posté ce petit poème de Fernando Pessoa, si justement trouvé.

De tout, il resta trois choses:
La certitude que tout était en train de commencer,
la certitude qu’il fallait continuer,
la certitude que cela serait interrompu avant que d’être terminé.
Faire de l’interruption, un nouveau chemin,
faire de la chute, un pas de danse,
faire de la peur, un escalier,
du rève, un pont,
de la recherche…
une rencontre.

L

La librairie Imagigraphe, rue Oberkampf (Photographie André Lange-Médart)

Face à la librairie, un nouveau collage photographique. Qui m’aidera à identifier l’auteur de ces oeuvres avec parapluie ?

Auteur non identifié, Couple avec parapluie, Rue Oberkampf (Photographie André Lange-Médart)

Un peu plus haut dans la rue, sur le mur du café Le Charbon, que mes belles lectrices et mes aimables lecteurs commencent à connaître, une fresque de Jean Booble, un peu masquée par les parasols de la terrasse de l’établissement voisin, a remplacé le pape et la papesse de Claire Courdavault.

Peinture murale de Jean Booble, Rue Oberkampf (Photographie André Lange-Médart)

Le tour du quartier me permet encore de découvrir d’autres oeuvres, apparues ces derniers jours.

Rue Guillaume Bertrand (Photographie André Lange-Médart)

Avenue Jean-Aicard (Photographie André Lange-Médart)

Avenue Jean-Aicard (Photographie André Lange-Médart)

Face à l’Avenue Jean-Aircard se trouve une impasse, la Cité Griset, dans laquelle je ne m’étais jamais aventuré. La silhouette d’une jeune fille assise sur une marche attire mon regard. Elle a bien fait de m’attirer là : je prends un joli cliché, au vol. Je découvre que dans l’impasse est installé l’Institut d’études supérieures des arts. Cet organisme délivre des titres d’Expert en commercialisation et diffusion des œuvres d’art, Administrateur/trice de Projets Culturels, Chargé de commercialisation des œuvres et objets d’art, et autres titres voisins. Voilà qui me rappelle ma jeunesse, lorsqu’avec Jacques Dubois, j’avais créé à Liège un séminaire de gestion des organismes culturels. Trente ans plus tard, je suis toujours partagé entre cette institutionnalisation de la réification de l’art et la certitude que la survie des activités de création passe, aussi, par un minimum de rationalité.

Cité Grivet (Photographie André Lange-Médart)

Les artistes urbains parisiens bénéficient d’un soutien administré, celui de l’association Le Mur. Mais leurs oeuvres n’ont comme destinée que la disparition rapide : arrivée d’un autre artiste ou passage de vandales sans talent à la bombe destructrice. Rue Fontaine-au-Roi, les imposantes fresques d’hommage à la Commune de 1871 que je vous présentait l’autre jour ont déjà été maculées par des graphistes dont le motif militaire laisse songeur. La mitraillette en nouvelle ligne de mire historique ?

Rue Fontaine-au-Roi (Photographie André Lange-Médart)

Tout n’est pas paisible dans le quartier : sur le Quai de Jemappes, une camionnette a été incendiée. Accident ou acte criminel ? Je ne trouve rien dans la presse à ce sujet. Mais que sont devenus les faits divers ?

Quai de Jemappes (Photographie André Lange-Médart)

Heureusement, la sociabilité n’a pas complètement disparu. Durant cette petite ballade, à deux occasions, j’ai été aimablement sollicité pour prendre des photos : rue Oberkampf par deux dames attablées à la terrasse d’un restaurant vietnamien, puis, place de la République par un couple de militants d’un mouvement caritatif. Je vais bientôt ouvrir une page spéciale pour ces portraits d’inconnus. C’est un curieux paradoxe que dans une époque où tout le monde prend des photos à partir d’un smartphone, l’appareil d’apparence classique suscite un souhait complémentaire d’être immortalisé. J’accueille ces demandes avec sympathie. Je devrais disposer de petites cartes permettant aux photographiés de se retrouver sur ce blog.

Rue Oberkampf (Photographie André Lange-Médart)

Place de la République (Photographie André Lange-Médart)

Alors que je m’apprête à prendre un cliché complémentaire des deux dames de la terrasse du restaurant vietnamien, en les cadrant avec une statue inattendue de Marylin Monroe, une voix impérieuse, dans mon dos, me demande de libérer la place « pour prendre une photo ». Je cède la place et je ne le regretterai pas : une maman qui souhaite photographier sa petite fille m’offre les plus jolies prises de la journée. Le soleil coopère en réapparaissant au juste moment pour éclairer le visage impressionné de la bambine et celui de Norma Jeane.

Rue Oberkampf (Photographies André Lange-Médart)

Quelques clichés complémentaires me réjouissent sur l’efficacité de mon nouveau Fuji. Il ne reste plus qu’à attendre la nuit pour tester ses capacités, vantées comme exceptionnelles. Nous verrons.

Quai de Valmy (Photographie André Lange-Médart)

Quai de Jemappes (Photographie André Lange-Médart)

Rue Yves Toudic (Photographie André Lange-Médart)

Avenue de la République (Photographie André Lange-Médart)

Quai de Jemappes (Photographie André Lange-Médart)

Rue Oberkampf (Photographie André Lange-Médart)

Cité Griset (Photographie André Lange-Médart)

Feuilletez l’album complet ici.

3 commentaires

  1. Comme vous aurez remarqué, j’aime beaucoup ce que vous offrez, la rigueur avec laquelle vous le faites, votre esprit, de l’esprit. Le travail de sélection, vote art, les références, votre ton. Paris est loin de moi et je vous remercie pour ces nouvelles. Je vous souhaite de belles balades. Emily.

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