La montée au Mur des Fédérés

29 mai 2021

« Tout ça n’empêche pas, Nicolas, que la Commune n’est pas morte… » Le 29 mai 2021, c’est le cent-cinquantième anniversaire de la défaite de la Commune de Paris. Les organisations de gauche ont organisé une montée de la Place de la République vers le Mur des Fédérés, au Père Lachaise.

Avec Mina, je descends l’Avenue de la République pour rejoindre la manifestation. En chemin, je m’arrête pour retirer un peu d’argent liquide à un distributeur automatique. Passe une petite vielle dame, en imperméable gris, qui porte un drapeau rouge non encore déployé. « Eh, ça va, les milliardaires ? »

Le cortège est important. Plusieurs milliers de participants. Les drapeaux des organisations, côte à côte, derrière la banderole de tête : NPA, CNT, Parti de Gauche, CGT, PCF…. Le PS n’est pas là. Les Ecolos non plus. Un mélange de cheveux gris et de jeunes visages. Un homme en costume de garde national fouille son sac devant la vitrine de Darty, qui annonce des émotions foot.

Nous nous plaçons en tête du cortège, pour être sûrs d’être bien positionnés pour prendre les photos. La montée de l’Avenue est tranquille. Quelques voitures de gendarmes précèdent, mais il n’y a pas de provocations. Un gamin fait des pitreries sur son vélo, un gendarme le fuit gentiment la leçon. Un vieux militant trébuche sur un de ses horribles petits piliers de plastique jaune et tombe. Un père explique à son gamin la notion d’égalité. « Egalité des hommes. Egalités des hommes et des femmes. Egalité des enfants de riches et de pauvres. Egalité des peuples ». Dans leurs carcans vitrés, des affiches de la Police nationale proclame « Protéger, un métier ». Une dame se tourne vers moi : « Oui, ils sont censés nous protéger, mais, à la première occasion, ils nous cassent la gueule ». sur la façade du Lycée Voltaire, les portraits des femmes révolutionnaires peintes par des élèves ont toujours là. Les noeuds de leurs liens ont été refaits et les affiches de plastique ne battent plus au vent.

L’accès au cimetière se fait par la porte du haut, à la droite de la Place Gambetta. Le parcours est bien encadré. Je repère la tombe de Zénobe Gramme, le plus illustre des Liégeois, avec une statue plus petite que celle à l’ombre de laquelle j’ai grandi, à l’entrée du Pont de Fragnée. Je ne savais pas qu’il se trouvait ici. Lorsque nous arrivons devant le mur, il y a encore peu de monde. Les banderoles commencent à se déployer. Des cris fusent « Vive la Commune ! ».

Mina s’assied en surplomb, sous un cerisier qui donne de petites griottes, pendant que je prends mes clichés. Au départ, tout est assez silencieux. Mais quand l’espace commence à être bien rempli, un choeur entonne « La Semaine sanglante » de Jean-Baptiste Clément. Dans le public, ici et là, plusieurs reprennent le chant.

Sauf des mouchards et des gendarmes,
On ne voit plus par les chemins,
Que des vieillards tristes en larmes,
Des veuves et des orphelins.
Paris suinte la misère,
Les heureux mêmes sont tremblants.
La mode est aux conseils de guerre,
Et les pavés sont tout sanglants.

Oui mais ! Ça branle dans le manche,
Les mauvais jours finiront.
Et gare ! à la revanche
Quand tous les pauvres s’y mettront.
Quand tous les pauvres s’y mettront.

(…).

C’est une chanson que je ne connais que par le disque de Marc Ogeret. Je ne l’ai jamais entendue chanter dans les manifs liégeoises. L’entendre comme cela, a capella, reprise par la foule, est très émouvant. Plus émouvant que L’Internationale, qui, évidemment, suivra. Lorsque c’est fini, applaudissement, et de nouveau des cris : « Vive la Commune ! ». L’espace devant le mur est à présent occupé d’une foule dense, des drapeaux qui voisinent sereinement, malgré les vieilles querelles historiques. J’aperçois même le drapeau des Républicains espagnols, rouge, jaune, violet.

Un peu isolé, un accordéoniste chante « La Commune de Paris » d’Eugène Pottier.

On l’a tuée à coups de chassepot,
À coups de mitrailleuse
Et roulée avec son drapeau
Dans la terre argileuse.
Et la tourbe des bourreaux gras
Se croyait la plus forte.


Tout ça n’empêche pas Nicolas
Qu’ la Commune n’est pas morte.
Tout ça n’empêche pas Nicolas
Qu’ la Commune n’est pas morte !

(…)

A l’horizon, à l’autre bout d’un petit val de tombes, on, aperçoit des masses de drapeaux rouges qui continuent d’arriver. Les chants reprennent. Les poings se lèvent. Quelques fumigènes. Tout cela est un peu rituel. Les allusions à la situation politique présentes sont rares. Un seul calicot brocarde Macron. Mais les conversations dont on perçoit des bribes portent bien sur la situation politique actuelle, les régionales et bientôt les présidentielles. Devant un monument d’hommage à la Résistance, un calicot demande la dissolution du Rassemblement national.

Le moment le plus émouvant sera un peu avant la sortie. Devant la tombe d’Eugène Pottier, une gamine chante « La semaine sanglante », d’une voix mal assurée, mais avec une conviction qui impressionne. Son panama s’envole au vent. Un peu plus loin, une dame est couchée sur un banc et li tranquillement. Un militant qui connaît ses classiques l’interpelle plaisamment : « Le droit à paresse ! Il faut le lire ! C’est un très bon libre ! ».

Un peu avant la Place Gambetta, devant le Théâtre de la Commune, dont la vitrine porte toujours les panneaux de protestation, un groupe de jeunes danse de manière endiablée, avec une énergie joyeuse. Le printemps est enfin arrivé.

Feuilletez l’album complet ici

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