Promenades de troisième vague 28. Rue de Richelieu, « La sauce de chaque siècle est différente ».

5, 7, 8, 9 mai 2021

Je ne sais plus comment démêler l’entrelacs de mes souvenirs, de mes lectures anciennes et récentes, de mes réminiscences, de mes passages dans un même lieu à quelques jours d’intervalle et de mes observations du Paris d’aujourd’hui. Mes belles lectrices, mes amicaux lecteurs, arrivez-vous à me suivre dans le temps et dans les espaces ? Un ami, qui n’a pas complètement renoncé à sa foi dans les sciences de l’ingénieur, me suggère d’accompagner mes textes des cartes de Google Maps avec le relevé de mes trajets. A première vue, l’idée est alléchante, mais une vérification du suivi de ma promenade du 5 mai Rue Quincampoix démontre une chose évidente : Google Maps ment, là où le blogueur et le photographe disent vrai.

Relevé des déplacements d’André Lange-Médart par Google Maps, 5 mai 2021 (détail)

Google ne saisit même pas avec une rigueur constante les itinéraires : l’application ne voit pas que j’ai commis un crime au coin de la rue aux Ours et de la Rue Quincampoix. Elle ne pourra servir de preuve devant les tribunaux. Pire : Google Maps ne saisit que le temps arbitraire de l’horloge électronique et non l’insaisissable temps des mémoires, celui par lequel nous brodons notre liberté.

Ce 5 mai 2021, je me promène toujours en 1968. Une fois terminée l’exploration de la Rue Quicampoix, je rejoins, par la Rue Saint-Honoré, la Rue de Richelieu. Notre première visite familiale à Paris, cet été 68, avait été brève. Nous campions du côté du Bois de Vincennes et nous venions dans le centre avec la ligne 1, qui se terminait au Pont de Neuilly. Il y avait encore des tableaux électriques dans les couloirs qui permettaient de visualiser les trajets grâce à des petites lampes de couleurs, des billets à poinçonner et des poinçonneurs (qui étaient plus souvent des poinçonneuses), des portillons métalliques qui se refermaient quand la rame entrait dans la station et deux classes de wagons, celle des riches et celles de pauvres gens. Nous avions visité les monuments et lieux les plus évidents : la Tour Eiffel, Notre-Dame, les Invalides, le Louvre, le Jardin des Tuileries, la Sainte-Chapelle, Versailles et le zoo de Vincennes.

Cette visite rapide, dans une chaleur accablante, a dû laisser mes parents insatisfaits. Nous sommes revenus quelques mois plus tard dans de bien meilleures conditions. Etait-ce à la Toussaint ou pour les fêtes de fin d’année ? J’hésite, pas longtemps. Nous avions un instant suivi les fêtards sur les Champs Elysées. Mon père avait pris une photographie nocturne de la grande fontaine de la Place de la Concorde et, à la projection, la diapositive avait révélé une bouteille vide de Champagne, abandonnée sous le bras d’une Naïade. Pas de doute, c’était la fin de l’année. Nous logions dans un hôtel Rue de Richelieu, en plein centre, et nous disposions d’une liste de musées moins courus, à l’époque, que le Louvre : l’Orangerie, le Marmottan, le Carnavalet, la Maison de Victor Hugo et même le musée de la contrefaçon, rue de la Faisanderie.

Rue de Richelieu (Photographie André Lange-Médart)

Cette liste m’avait été fournie par mon professeur d’Histoire, Yves Dieudonné. C’était un personnage assez atypique dans le personnel enseignant de l’Athénée royal de Seraing, établissement de très bonne réputation, quoi que situé en banlieue rouge. Assez bourgeois, toujours vêtu en costume avec gilet, avec une sorte d’arrogance narquoise, Yves Dieudonné était un gaulliste affirmé. Il me raconta avoir passé une nuit de recueillement sur la tombe du Général à Colombey-les-Deux-Eglises. Il avait fait, si mes souvenirs sont exacts, une thèse sur l’opinion belge pendant l’occupation par les troupes de Dumouriez et ne partageait pas mon enthousiasme pour la Révolution française. Il possédait un appartement sur l’île de la Cité et sa femme de ménage prenait également les poussières chez Georges Pompidou. C’est ainsi qu’il put annoncer avant tout le monde que le Président de la République était gravement malade, qu’il allait mourir avant la fin de son mandat. C’était un véritable scoop, mais impubliable à une époque où la presse respectait encore la vie privée des hommes politiques. Mon grand-père, qui était chaque mercredi, un lecteur attentif du Canard enchaîné, n’en savait rien. Comme j’étais, en ce temps-là, passionné par la généalogie des Capétiens, que j’avais transcrite avec forces détails, branches collatérales, descendance par les femmes et bâtards compris, dans plusieurs grands cahiers à couverture rose, j’étais le chouchou d’Yves Dieudonné. Il interrompait ses exposés, se tournait vers moi. « André, la Restauration, quelle date ? ». Cela me flattait mais m’ennuyait aussi, car il opposait, non sans sadisme, mon savoir de jeune érudit à l’ignorance de mon voisin de banc, Giuseppe B., fils de mineur sicilien, portant toujours le même vieux pull vert défraichi, qui ne disposait de toute évidence pas des mêmes chances que moi dans l’accès au savoir. Je me souviens qu’un jour il l’humilia au point de le faire pleurer. Je n’eus pas besoin de Bourdieu, Baudelot et Establet pour comprendre que l’école renforce les inégalités sociales. Je viens d’apprendre qu’il est décédé en 2000. Sa famille a fait vendre sa collection de livres d’héraldique par un libraire liégeois. L’héraldique comme passion, cela lui allait bien. Ma mère m’a parlé plusieurs fois, avec reconnaissance, de la liste des musées.

Comédie française, côté Place André Malraux (Photographie André Lange-Médart)

Nous logions dans un hôtel, Rue de Richelieu, à deux pas de la Comédie française, où nous allâmes admirer Robert Hirsch dans L’avare. Je crois bien que c’était la première fois que j’allais au théâtre et mes parents, qui n’y allaient pas souvent, prononçaient le nom de Robert Hirsch avec une telle vénération que je me sentais obligé de partager leur enthousiasme respectueux. Je ne suis pas en mesure de reconstituer mon attente avec la même profondeur, le même souci de détails que le narrateur de la Recherche décrivant son exaltation, déçue néanmoins, pour la Burma. C’est à peine si je garde le souvenir d’un acteur un peu rondouillard serrant un coffre sur la poitrine.

Statue de Molière, Rue de Richelieu (Photographie André Lange-Médart)

Il m’a fallu plusieurs passages Rue de Richelieu pour reconnaître formellement l’hôtel où nous logions et ce n’est que cet après-midi du 8 mai que j’ai compris pourquoi. Vous découvrirez dans un prochain article pourquoi l’identification de cet hôtel a pour moi une certaine importance mémorielle, mais aussi pour la petite histoire des médias en Belgique francophone Chaque chose en son temps.

J’ai gardé le souvenir très précis, vue de la rue, de la fenêtre de la salle où nous prenions le petit déjeuner, située sur la gauche de la porte d’entrée. Cette fenêtre était fragmentée en petits carreaux encadrés par des croissillons d’un rouge bordeaux. La réceptionniste, qui était aussi peut-être la patronne, était une dame blonde, la trentaine bavarde, qui pratiquait le tarot et le yoga. Lorsque nous repassions à l’hôtel en journée, elle était plus souvent derrière cette fenêtre, occupée à observer ce qui se passait dans la rue, plutôt que derrière le comptoir dans le hall. Aucun des trois hôtels situés sur le côté droit de la rue, et pas trop éloignés de la fontaine Molière qui fait l’angle avec la rue du même nom, ne correspond à ce souvenir des fenêtres à croisillons. Cela ne pouvait donc être ni l’hôtel Louvre, dont la porte de verre est aujourd’hui barricadée par une planche en bois, ni le Montpensier, sans fenêtre à croisillons, ni le Washington, ce dernier nettement trop élégant. Ce n’est que cet après-midi que j’ai compris et que le souvenir s’est imposé : oui, c’était bien le Montpensier. En l’observant, j’ai réalisé que ce qui était jadis cette salle à manger, sur la gauche, est devenu un restaurant japonais, le Kodawari Ramen (Tsukiji), qui partage avec l’hôtel le numéro 12. Je ne sais si un Balzac contemporain a décrit comment les Japonais ont investi le quartier de l’Opéra, la rue Saint-Honoré et les alentours du Palais-Royal. Pour être à la hauteur, il faudrait qu’il soit aussi un Tanizaki. Cet après-midi, 8 mai, il y a file sur le trottoir. Trois livreurs à moto attendent face au restaurant, guettant sur leur smartphone l’arrivée d’une commande.

Hôtel Montpensier, Rue de Richelieu (Photographie André Lange-Médart)

Hillairet consacre une vingtaine de lignes à l’histoire de cet immeuble, qui, en 1669 était propriété du président à mortier Jean de Longueil, marquis de Maisons. Il ne s’agit guère que l’énumération des propriétaires successifs, dont les noms ne nous disent rien : Claude de Longueil, Angélique de la Mothe-Hondancourt, sa fille, marquise de la Ferté, le fils de celle-ci, le marquis de Senneterre et de la Ferté, Giagnat, receveur des consignations, la baronne de Neukirchen de Nivenheim (remarquée par Louis XV), Girod de Vienney, puis le vicomte de Nayscaudon, puis en 1820 le maître-tailleur Janssens et vers 1920 Guiglion. « C’était depuis longtemps un prosaïque hôtel meublé », conclut l’auteur. Je ne sais si c’est le collègue Dieudonné qui le recommanda à mon père, mais mes parents furent ravis de cet hôtel 2 étoiles, de sa bonne tenue et de sa position centrale. J’y ai découvert le goût du croissant frais.

Emplacement de la maison de Molière, 40, rue de Richelieu (Photographie André Lange-Médart)

A treize ans, je découvrais aussi Molière et j’étais très fier de loger à deux pas de chez lui, même si la maison du n°40 où il fut ramené agonisant, n’existe plus. « Le 17 février, jour de la quatrième représentation du Malade imaginaire, il fut si fort travaillé de sa fluxion qu’il eut de la peine à jouer son rôle. Il ne l’acheva qu’en souffrant beaucoup, et le public connut aisément qu’il n’était rien moins que ce qu’il avait voulu jouer. En effet, la comédie étant faite, il se retira promptement chez lui et, à peine eut-il le temps de se mettre au lit que la toux continuelle dont il était tourmenté redoubla sa violence. Les efforts qu’il fit furent si grands qu’une veine se rompit dans ses poumons. Aussitôt qu’il se sentit en cet état, il tourna toutes ses pensées du côté du Ciel. Un moment après, il perdit la parole et fut suffoqué en demie heure par l’abondance du sang qu’il perdit par la bouche ».

Molière commençait à vivre dans mon imaginaire. Mais je ne savais rien de Diderot, de Stendhal, d’Auguste Comte, qui ont également habité dans cette rue. Même Simon Bolivar (qu’il ne faut pas confondre avec Jean-Luc Mélenchon) a dormi dans un hôtel de la Richelieu. Seul un autre hôtel m’intéressait, l’Hôtel de Nevers.

Sur le mur du 39, rue de Richelieu, où mourut Diderot (Photographie André Lange-Médart)

Voici une autre des déceptions de mon « Paris par procuration ». J’avais repéré que l’Hôtel de Nevers, où se joue une grande partie de l’action du Bossu de Paul Féval, dont je vous parlais il y a quelques jours, se trouvait au 58bis. C’est par l’Hôtel de Nevers que s’ouvre la deuxième partie, c’est à dire la partie parisienne, du roman.

« Les ouvriers passaient la porte cochère et entraient dans une grande cour pavée qu’entouraient de trois côtés de nobles et riches constructions. C’était l’ancien hôtel de Lorraine, habité sous la Ligue par M. le duc de Mercoeur. Depuis Louis XIII, il portait le nom d’hôtel de Nevers. On l’appelait maintenant l’hôtel de Gonzague. Philippe de Mantoue, prince de Gonzague, l’habitait ».

La Bibliothèque nationale, Rue de Richelieu (Photographie André Lange-Médart)

Mon père accepta bien volontiers de m’y conduire. Après avoir longé un long bâtiment austère – je ne réalisais pas que c’était la prestigieuse Bibliothèque nationale – nous découvrîmes à l’angle de la Rue Colbert, un bâtiment gris, encore plus triste. Tout ce chemin pour cela ! Je ne sais où Féval est allé chercher ce duc de Mercoeur. L’hôtel de Nevers fut construit en 1649 pour le Cardinal de Mazarin. La marquise de Lambert y tint un salon animé par Fontenelle et que fréquentèrent notamment Marivaux et Montesquieu. A la mort de Mazarin, la propriété fut divisée entre son neveu, Philippe Mancini et sa soeur Hortense. J’épargne à mes belles lectrices de nombreux détails historiques, sur le cabinet des médailles du Roi, la bibliothèque Mazarine et les aménagements successifs. Elles trouveront facilement tout cela dans des sources plus sérieuses. L’important est qu’en 1869, l’architecte Henri Labrouste, pour construire l’aile Richelieu de la Bibliothèque nationale, fit détruire une partie de l’hôtel. Il ne reste que ce morceau du 58bis et, sur la paroi côté rue Colbert, les traces de la voute d’une arcade, masquées par un vieux filet sali. Une photographie d’Eugène Atget nous sera plus utile pour en percevoir le mouvement.

Hôtel de Nevers, au coin de la rue de Richelieu et de la Rue Colbert. (Photographie André Lange-Médart)
Eugène Atget, Les restes de la voute de l’arcade de l’Hôtel de Nevers, vus de la Rue Colbert.
Eugène Atget, Les restes de la voute de l’arcade de l’Hôtel de Nevers, vus de la Rue Colbert (détail)
Joggeuses au pied de l’Hôtel de Nevers (Photographie André Lange-Médart)

Si vous observez bien la photographie d’Atget, vous pourrez découvrir plusieurs détails intéressants. Tout d’abord, vous remarquerez qu’au pied de l’Hôtel de Nevers est installée une pissotière, pardon, une vespasienne unipersonnelle. Il fallait bien qu’Henri de Lagardère pisse quelque part. Les romanciers ne parlent jamais des besoins urologiques de leurs héros (sauf Edouard Dujardin dans Les lauriers sont coupés, ce livre révolutionnaire, introducteur du discours de flux de conscience, inspirateur de James Joyce er admiré par Valery Larbaud. Jacques Dubois me le fit découvrir et je m’honore de posséder une édition originale avec dédicace de l’auteur). Vous remarquerez ensuite que, par les fenêtres du premier étage du n°71 de la Rue de Richelieu, plusieurs personnes observent le photographe au travail. Ceux qui écrivent que les photographies d’Atget sont dépourvues de vie n’ont jamais regardé ses clichés. Examinez enfin la vitrine du rez-de-chaussée : vous y voyez exposées des images : gravures, photographies ? La netteté n’est pas suffisamment précise pour en décider. Quelle est cette boutique ? Est-ce déjà la Société française de photographie, qui est aujourd’hui établie dans cet immeuble, ou plus probablement, la librairie de la Bibliothèque nationale qui opérait là-bas ?

71, rue de Richelieu, 5 mai 2021 (Photographie André Lange-Médart)
71, rue de Richelieu, 7 mai 2021 (Photographie André Lange-Médart)
71, rue de Richelieu, 9 mai 2021 (Photographie André Lange-Médart)

Que deviennent dans Paris les objets, les gens ? Du jour au lendemain, d’un moment à l’autre, ils ont disparus. Même les façades, les vitrines, les couleurs, les numéros changent. « Emplacement de… » écrit le mémorialiste des rues de Paris. « N°71 – Emplacement de la partie de l’hôtel de Louvois qui fut vendue, lors de son lotissement, en 1784 pour 100 000 livres, à la princesse de Lamballe, qui y installa ses écuries. Son neveu et héritier, le roi de Sardaigne, vendit celles-ci, en 1798, au négociant Delorme. Emplacement occupé, depuis 1962, par le Département de la musique de la Bibliothèque nationale ».

Ce n°71 m’intrigue. Je lance une enquête sur Gallica. Surprise ! Je tombe sur un extrait de La vie d’Henry Brulard, ce morceau d’autobiographie du cher Stendhal.

Voilà qui me trouble. La plaque apposée par les Amis stendhaliens est sur la façade du n°61. Je m’empresse de vérifier dans l’édition des Oeuvres intimes par V. del Litto, dans la collection Bibliothèque de la Pléiade. L’index des noms de lieux et d’oeuvres propose 17 occurrences pour « RICHELIEU (rue) ». 21 janvier 1830 : « La sauce de chaque siècle est différente. Je remplace la sauce de 1660 par un peu de celle de 1830. J’efface, je n’ajoute pas. Cent soixante-dix ans de distance. Le tout sans aucune intention de publier et avec beaucoup de plaisir. (N°71, [rue] Richelieu, au quatrième. » ; 11 août 1830 : « M. Beyle loge rue de Richelieu n°71, vis-à-vis de la Bibliothèque » ; « 9 septembre 1834 : « Il y a des jours où p[ou]r un somme énorme je n’adresserais pas la parole à un grossier habitant de la rue Richelieu » ; 22 octobre 1834 : « Two volumes for money after the fall of the R[oman]. Empire et de retour au 71 rue de Richelieu ». Tiens, dans les Souvenirs d’égotisme : « Je me logeais à Paris, rue de Richelieu, dans un hôtel de Bruxelles, n°47, tenu par un M. Petit, ancien valet de chambre d’un des messieurs de Damas« . Mais là, nous sommes en septembre 1819 : Stendhal rentre de Milan, désespéré, après avoir été éconduit par Métilde. « A quelque heure que mes soirées ailleurs se terminassent, j’allais chez Mme Pasta (rue Richelieu, vis-à-vis la Bibliothèque, hôtel des Lillois, n°63). Je logeais à cent pas de là, au n°47. Ennuyé de la colère du portier, fort contrarié, je finis par loger dans le même hôtel que Mme Pasta ». C’est là que Stendhal rencontre un pauvre officier de fortune qui « était, je pense, de Liège ». « Le chevalier Alexandre Micheroux dînait à la table d’hôte di n[umér]o 47, rue de Richelieu. C’est un beau garçon qui a l’apparence flegmatique d’un Hollandais. Il était consumé de chagrin. Lors de la Révolution de 1820, il était tranquille à Naples et royaliste« . Un Liégeois établi à Naples, voilà qui ne peut manquer de m’intriguer, pour des raisons toutes personnelles, que mes amis connaissent. Ce Micheroux, descendant d’une ancienne famille originaire de Liège, ancien officier de l’armée napolitaine, était réfugié en France où il exerçait le rôle de maître de chant de la Pasta, amante de Stendhal. J’ai dans ma bibliothèque un exemplaire des Amitiés stendhaliennes en Belgique de Jules Dechamps (La Renaissance du livre, 1963). Le biographe consacre huit pages à l’histoire d’Alexandre et de son père Antoine. Je vous en épargne le résumé, cela nous mènerait trop loin de la Rue de Richelieu, où nous hésitons pour l’instant entre les numéros 47, 61, 63 et 71, affaire déjà suffisamment compliquée. Heureusement V. del Litto a clarifié les choses en notes. La numérotation a changé. L’Hôtel de Valois qui était au n°71 a été détruit en 1904 et son emplacement était celui de l’actuel n°69. Hillairet se trompe en disant que c’est à ce 69 que Stendhal logeait avec sa maîtresse, la cantatrice Pasta. En faisaient-ils ? La Pasta était à l’Hôtel des Lillois, qui était au 59, aujourd’hui 61. Le 71 devenu 69 et le 59 devenu 61, voilà qui paraît contradictoire. Dès lors, le 47 au portier désagréable est-il devenu le 49 ou le 45 ?

« Le roman, c’est un miroir que l’on promène le long d’un chemin », emplacement de la maison où vécut, Stendhal, 61, Rue de Richelieu, juillet 2019. (Photographie André Lange-Médart)

J’ai le clair souvenir qu’avec mon père, un fois le triste Hôtel de Nevers repéré, nous n’avons pas fait demi-tour, mais continué dans la courte rue Colbert et donc débouché dans la rue Vivienne. Mais pour aller où ? Au Palais-Royal, probablement, mais je n’en ai nul souvenir. Aujourd’hui, 9 mai, un SDF, vieux monsieur à l’air digne d’un intellectuel déchu, a établi son campement de misère dans cette Rue Colbert, fermée à la circulation. Que ne lui confie-t-on les clefs de l’Hôtel de Nevers, en pleine déshérence Aurore de Caylus eut-elle été plus généreuse que l’Etat français ?

Rue Colbert (Photographie André Lange-Médart)

Je vous reparlerai une autre fois de la Rue Vivienne. De la Rue de Richelieu, on peut également rejoindre le Palais-Royal par deux passages privés, dont il est utile de tenir compte que les grilles sont fermées durant les week-end. L’un est le Passage Beaujolais, l’autre le Passage Pottier, où habita Rose Bertin, la modiste de la Reine Marie-Antoinette, dont les factures sont citées par certains historiens comme une des causes de la Révolution française, bien qu’elle n’apparaisse pas au générique du film de Sofia Coppola. Je prends une photo. Dépêchons-nous. Mina et Mathieu m’attendent au bord de la fontaine.

Autoportrait au Passage Beaujolais (Photographie André Lange-Médart)
Passage Pottier (Photographie André Lange-Médart)
Rue de Montmorency, entrée du Palais-Royal (Photographie André Lange-Médart)

Feuilletez l’album des diverses promenades Rue de Richelieu ici.

Voir également Comtesse et Marquis à côté de la plaque, 24 décembre 2009.

5 commentaires

  1. Je termine seulement la lecture complète de cette lettre , truffées truffée et truffée encore de trésors épars mais tenu au fameux fil. Je me demande qui sont tes belles lectrices…As- tu des lecteurs? Oui, ailleurs je ne sais plus où, tu en parles au singulier si ma mémoire est bonne.
    Quant aux numérations des maisons, certes elles changent avec les travaux, les ajouts, les destructions des siècles. Je l’ai plusieurs fois constaté lorsque je cherchais les maisons anciennes de mes ancètres.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour tes commentaires, cher Lionel. J’ai quelques lectrices et quelques lecteurs. De vieux complices et des inconnus et inconnues qui découvrent mon blog je ne sais comment et qui s’y abonnent. Quelques « happy few » suffisent à mon bonheur.

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