Promenades de troisième vague 26. Picpus, une fausse piste hugolienne. Michelet prend la relève.

30 avril 2021

Alexandre Dumas n’a pas été longtemps mon guide parisien. Edmond Dantès ne fut guère qu’un héro de transition, un intermédiaire entre Bob Morane et Jean Valjean. Cet été 68, passé dans le camping de Port Manech, fut celui de la lecture des Misérables. Le temps qui n’était pas passé à jouer aux 7 familles ou au football avec les « petites françaises » de la tante voisine le fut à dévorer le roman de Hugo. Je crois bien que c’est à Quimper que mon père avait déniché les trois volumes en Livre de Poche. Un jour, je ne sais par quel snobisme, je m’en suis débarrassé pour les remplacer par le volume unique dans la collection de La Pléiade, que je n’ai pas ouvert avant aujourd’hui. Les abandonner était tellement sacrilège que je les ai photographiés avant de les abandonner sur un banc public.

Mes trois volumes des Misérables (Photographie André Lange-Médart)

Victor Hugo devint mon Dieu. Je me souviens que, dans le manuel de grammaire, je cherchais toutes les exemples qui étaient empruntés à ses oeuvres. Je lis coup sur coup Notre-Dame de Paris, Quatrevingt-treize, La légende des siècles, Ruy Blas. Je rêvais de posséder une édition intégrale. Lorsque notre professeur de français, Jacques Thiriart, après avoir comparé le Waterloo de Hugo et celui de Stendhal, nous proposa, comme sujet de rédaction la description d’une bataille, je choisis Austerlitz et Stendhal, à l’époque, n’existait pas pour moi. Sous le sabre des mamelouks, les têtes tombaient, hébétées, ensanglantées, tranchées. J’abusais du rythme ternaire, impressionnant, brillant, mécanique. El le brave Thiriart commenta : « André, tu lis trop Hugo ». La passion disparut lorsque je découvris le « Victor Hugo était surréaliste lorsqu’il n’tait pas bête » d’André Breton. Le souvenir des récits se dissipa progressivement et la poésie ne survivait que grâce à quelques chansons : « La légende de la nonne » par Georges Brassens, « Les Tuileries » par Colette Magny et surtout le « Je ne songeais pas à Rose » par le tendre Beaucarne.

Curieusement, l’idée d’un retour aux Misérables s’impose chaque fois que je sors de Paris vers le périphérique en passant par la Place de la Nation et la Porte de Vincennes. Des panneaux de signalisation « Picpus » me ramènent à un vague souvenir d’un chapitre du roman et au désir d’y aller voir. Un regard sur le plan me fait réaliser que la Rue de Picpus est dans le direct alignement de la Rue Saint-Maur et de la rue Léon Frot. Une petite heure de marche.

Avant de me mettre en route, j’ouvre enfin l’édition Pléiade. Dieu, que le livre sixième « Le Petit-Picpus » est ennuyeux, avec ses histoires de couvents, de règles de Saint-Benoit, de Saint-Bernard et de Martin Vega, ses silhouettes de religieuses et de dames bien pensantes. Il y a même une Madame Albertine ! Le lecteur se demande bien où l’auteur veut en venir. Le livre septième ne nous avance guère. Il s’intitule « Parenthèse » et il y est à nouveau question de couvent. Ce n’est qu’au livre huitième que l’on découvre que tout cela s’explique par le refuge que Jean Valjean, poursuivi par Javert, a trouvé dans l’établissement de la rue du Petit-Picpus.

L’intérêt de La Pléiade par rapport au Livre de Poche, ce sont évidemment les notes en fin de volume. Maurice Allem, qui fournit l’édition des Misérables, note « Le couvent du Petit-Picpus n’existait pas, du moins sous ce nom ni à l’endroit où Victor Hugo l’a finalement situé. Il l’avait situé d’abord entre le Panthéon et le Val-de-Grâce. Révisant son roman en 1862, il rédigea, le 15 janvier, cette note : « Aujourd’hui vu le régime de tracasseries possibles, j’ai dû dépayser le couvent, en changer le nom et le transporter imaginairement quartier Saint-Antoine. ». Il l’y a transporté mais, ainsi qu’on l’a déjà remarqué, en appliquant arbitrairement au quartier nouveau qu’il choisissait, la topographie du quartier qu’il avait primitivement choisi. » Un André Le Breton – à ne pas confondre avec l’André Breton précédemment cité – aurait démontré que la description des bénédictines de l’Adoration perpétuelle correspond exactement au couvent de l’Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement qui était situé rue Neuve-Sainte-Geneviève, notre rue Tournefort. Bigre, c’est la même rue que celle de la Pension Vauquer où créchait le Père Goriot. La note citée de Hugo situant le couvent dans le quartier Saint-Antoine n’est pas incompatible avec la position de la rue Picpus, puisque celle-ci commence Rue du Faubourg Saint-Antoine.

A l’angle du Faubourg Saint-Antoine et de la Rue Picpus : La Fondation Eugène-Napoléon, qui est à l’origine une œuvre de bienfaisance fondée par l’impératrice Eugénie en 1856 (Photographie André Lange-Médart)

Mais il y a cependant un problème : Hugo nous donne, dans le chapitre « Post Corda Lapides », des précisions sur la situation géographique du couvent : « Le couvent du Petit-Picpus-Saint-Antoine emplissait presqu’entièrement le vaste trapèze qui résultait des intersections de la rue Polonceau, de la rue Droit-Mur, de la petite rue Picpus et de la ruelle condamnée nommé dans les vieux plans rue Aumarais. » Je consulte le plan de Paris et mon indispensable Dictionnaire historique des rues de Paris de Jacques Hillairet, et là, je réalise que Hugo se fiche de nous. La rue Polonceau n’est pas dans le quartier Saint-Antoine, mais dans le XIIIème, l’hypoténuse entre le Boulevard Barbès et le Boulevard de la Chapelle. Hillairet ne mentionne aucune rue Droit-Mur ni rue Aumarais, même, en fin de volume, dans ses longues listes de noms anciens. Voilà donc que je découvre que, comme le Paris de Balzac, le Paris de Hugo n’existe pas !

C’est bien sûr un peu plus compliqué. Hugo s’en explique dans le premier chapitre du livre cinquième, intitulé « Les zigzags de la stratégie » :

« Ici, pour les pages qu’on va lire et pour d’autres encore qu’on rencontrera plus tard, une observation est nécessaire.

Voilà bien des années déjà que l’auteur de ce livre, forcé, à regret, de parler de lui, est absent de Paris. Depuis qu’il l’a quitté, Paris s’est transformé. Une ville nouvelle a surgi qui lui est en quelque sorte inconnue. Il n’a pas besoin de dire qu’il aime Paris ; Paris est la ville natale de son esprit. Par suite des démolitions et des reconstructions, le Paris de sa jeunesse, ce Paris qu’il a religieusement emporté dans sa mémoire, est à cette heure un Paris d’autrefois. Qu’on lui permette de parler de ce Paris-là comme s’il existait encore. Il est possible que là où l’auteur va conduire les lecteurs en disant : « Dans telle rue il y a telle maison », il n’y ait plus aujourd’hui ni maison ni rue. Les lecteurs vérifieront, s’ils veulent en prendre la peine. Quant à lui, il ignore le Paris nouveau, et il écrit avec le Paris ancien devant les yeux dans une illusion qui lui est précieuse. C’est une douceur pour lui de rêver qu’il reste derrière lui quelque chose de ce qu’il voyait quand il était dans son pays, et que tout ne s’est pas évanoui. Tant qu’on va et vient dans le pays natal, on s’imagine que ces rues vous sont indifférentes, que ces fenêtres, ces toits et ces portes ne vous sont de rien, que ces murs vous sont étrangers, que ces arbres sont les premiers arbres venus, que ces maisons où l’on n’entre pas vous sont inutiles, que ces pavés où l’on marche sont des pierres. Plus tard, quand on n’y est plus, on s’aperçoit que ces rues vous sont chères, que ces toits, ces fenêtres et ces portes vous manquent, que ces murailles vous sont nécessaires, que ces arbres sont vos bien-aimés, que ces maisons où l’on n’entrait pas on y entrait tous les jours, et qu’on a laissé de ses entrailles, de son sang et de son cœur dans ces pavés. Tous ces lieux qu’on ne voit plus, qu’on ne reverra jamais peut-être, et dont on a gardé l’image, prennent un charme douloureux, vous reviennent avec la mélancolie d’une apparition, vous font la terre sainte visible, et sont, pour ainsi dire, la forme même de la France ; et on les aime et on les évoque tels qu’ils sont, tels qu’ils étaient, et l’on s’y obstine, et l’on n’y veut rien changer, car on tient à la figure de la patrie comme au visage de sa mère.« 

« Les lecteurs vérifieront, s’ils veulent en prendre la peine.  » Voilà donc l’origine de mon mal, de ma manie de la vérification des lieux parisiens. Pourquoi diable le vieil Hugo s’excuse-t-il ? Pourquoi ne revendique-t-il pas plus explicitement le droit aux lieux imaginaires, même lorsqu’il s’agit de Paris ? Le blogueur, à l’occasion, prend bien quelques libertés avec le temps et l’espace, pourquoi pas lui ?

Quoi qu’il en soit, alors que j’allais me mettre en chemin, voilà donc que je découvre que la Rue Picpus n’a rien à voir avec le Petit-Picpus dont la vague mémoire avait laissé un souhait de découverte. Il n’empêche, la lecture de l’article consacré à la vraie rue Picpus dans le Dictionnaire d’Hillairet a attisé une autre curiosité. Il y avait bien Rue Picpus un couvent, mais de celui-ci ne subsiste qu’un cimetière terrible : celui des guillotinés de la Grande Terreur de l’été 1794.

Edmond Michelet, dans le Livre XXI de son Histoire de la Révolution française, revendique d’avoir été le premier a reconstituer l’histoire des lieux d’exécution et d’inhumation des victimes de la Terreur. Comme on le sait, Louis XVI fut exécuté sur l’actuelle Place de la Concorde et inhumé dans le quartier de La Madeleine. Les inhumations eurent ensuite lieu dans le cimetière de Mousseaux (ou des Errancis, près de l’actuel Parc Monceau). C’est là que furent enterrés Charlotte Corday, Hébert, Danton, Camille Desmoulins,…Lorsque en 1794 les exécutions s’accélèrent après l’adoption de la loi du 22 Prairial, la guillotine fut brièvement déplacée sur la Place Saint-Antoine, l’actuelle Place de la Bastille et les inhumations eurent lieu dans le petit cimetière de l’église Sainte-Marguerite, dont je vous parlais il y a quelques jours et dans celui de Saint-Antoine. Mais le peuple du Faubourg Saint-Antoine, ces menuisiers et ferronniers qui avaient pris la Bastille cinq ans plus tôt, se plaignit de la nuisance que représentaient le spectacle sanglant et la puanteur des cadavres. La guillotine fut transportée à partir du 25 prairial (13 juin) à l’autre bout du faubourg, à a barrière du Trône, devenue la barrière du Trône-Renversé, l’actuelle Place de la Nation. Il fallait un lieu d’inhumation proche, ce fut Picpus, et je reprends ici le texte de Michelet, dans ce qu’il a de terrifiant.

Ce problème de funèbre logistique fut largement résolu par le IX Thermidor et la chute de Robespierre. Au total, ce sont 1306 personnes qui ont été exécutées à la Barrière du Trône-Renversé entre le 13 juin et le 28 juillet 1794 et inhumées dans les fosses de Picpus. Les statistiques montrent qu’il ne s’agissait pas uniquement d’aristocrates : sur les 1109 hommes, on compte seulement 108 ex-nobles. Pour le reste 178 gens d’épée, 136 de robe, 108 d’église et 579 gens du peuple. Parmi les 197 femmes, 51 ex-nobles, 23 religieuses et 123 femmes du peuple.

Je laisse le soin aux historiens de reconstituer les circonstances qui ont conduit en si peu de temps à toutes ces exécutions, qui nous paraissent aujourd’hui bien barbares. Chacun a, de cette période, son interprétation. Paranoïa collective des révolutionnaires, acharnement des Comités; visions purificatrices de Saint-Just, calculs de Robespierre, excès de ses partisans, complots de ses adversaires pour hâter sa chute,…L’historiographie de la Révolution française est une discipline passionnante ; je ne me risquerai pas à la résumer ici.

Quelques couples de visiteurs âgés, qui commencent la visite par la petite chapelle. Avant d’arriver au cimetière, il faut traverser un double jardin. Dans le second, des poules Cochin se promènent tranquillement.

La première chose que l’on remarque, dans la grisaille des tombes, c’est le drapeau américain. Les fils de l’Histoire s’entremêlent ici.

Le lieu des fosses fut identifié en 1800 par la Comtesse de Montagu, revenue d’émigration, grâce au témoignage d’une Mademoiselle Paris, fille d’un palefrenier qui avait eu le malheur de porter une lettre de son maître, le duc de Brisssac à la comtesse du Barry, la dernière favorite de Louis XV, laquelle avait été guillotinnée en décembre 1793. Mademoiselle Paris avait eu le courage d’assister à l’exécution de son père, puis à celle de son frère et de suivre le transport de leurs corps par tombereau jusqu’à l’enclos du couvent des chanoinesses. Elle put indiquer les lieux à Madame de Montagu, qui obtint que l’enceinte de l’ancien couvent soit confiée à la Congrégation des Sacrés-Coeurs de Jésus et de Marie de l’Adoration Perpétuelle, dont peut-être Hugo eut une réminiscence. Depuis, le jardin du nouveau couvent (dont il ne reste aujourd’hui qu’une chapelle) est devenu un cimetière réservé à l’inhumation de la noblesse, qui avait recouvré ses privilèges. On trouve là des Rochefoucauld, des Gramont, des Rohan-Rochefort, des Tayllerand, des Luynes, des Polignac et même une Rastignac, La grand-mère de la Comtesse de Montagu, la maréchale de Noailles, et d’autres membres de la famille de Noailles, figuraient au nombre des victimes. Le cimetière fut donc choisi par la famille de Noailles pour y enterrer ses survivants, dont Adrienne de Noailles, fille de la duchesse d’Ayen, cette dernière étant également une des suppliciées. Adrienne de Noailles avait survécu à la Terreur et était l’épouse du Marquis de la Fayette. Lorsque celui-ci mourut, en 1834, il fut enterré auprès de son épouse. Et c’est ainsi que le Cimetière de Picpus est devenu un lieu de commémoration officielle de l’amitié entre la France et les Etats-Unis : tous les 4 juillet, l’Ambassadeur des Etats-Unis à Paris vient fleurir la tombe du Marquis et le drapeau étoilé flotte en permanence au-dessus de la tombe.

L’emplacement des fosses, recouvertes d’herbages ou de gravillons, sont au-delà d’un grillage, tout au fond du cimetière. Au-delà, derrière le mur d’enceinte, une école de la République avec les habituels cris joyeux de bambins en récréation, – ils apprendront peut-être un jour l’histoire de la Révolution – et qui, en attendant égayent le lieu, s’il se peut. Deux balles de tennis ornent le sol sinistre.

Parmi les divers plaques commémoratives; l’une d’elle signale que, parmi les victimes, figure « André de Chénier ». Pourquoi lui a-t-on restitué son « de » nobiliaire ? Le poète s’opposa à Robespierre mais ne fut pas du camp des monarchistes. Et voilà que je me souviens de La jeune Tarantine, rescapée de Lagarde et Michard et sauvée par la lecture de Gérard Philippe.

« Mais, seule sur la proue, invoquant les étoiles,
Le vent impétueux qui soufflait dans les voiles
L’enveloppe : étonnée, et loin des matelots,
Elle crie, elle tombe, elle est au sein des flots.

Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine !
Son beau corps a roulé sous la vague marine. »

Que de paradoxes dans ce lieu : ces suppliciés exécutés, pour des motifs souvent bénins, voire inexistants, au motif qu’il fallait sauver la Révolution des complots monarchistes et des invasions étrangères. Et cet hommage rendu au Marquis de la Fayette, héros de la Guerre d’indépendance, co-rédacteur de la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen mais qui fut aussi considéré par les sans-culottes comme le responsable du massacre du Champ-de-Mars, le 17 juillet 1791, lorsque la Garde Nationale qu’il commandait tira sur la foule sans sommation, ce qui fit 400 morts selon Marat, une cinquantaine selon les historiens.

Les fosses communes du cimetière de Picpus (Photographie André Lange-Médart)
La fosse n+2 du cimetière de Picpus (Photographie André Lange-Médart)
Tombe de la famille de Noailles et du Maréchal de la Fayette (Photographie André Lange-Médart)
Discours du Général Pershing, le 4 juillet 1917 au cimetière de Picpus (Photographie de presse, Agence Rol)

Pour le reste, la rue de Picpus n’a guère d’intérêt particulier. Il y a bien quelques beaux immeubles haussmanniens et le Lycée Arago, aux étonnantes arcades, que j’ai pu découvrir par l’arrière grâce au tournage d’un film par une équipe chinoise.

Le Lycée Arago (Photographie André Lange-Médart)

La plupart des numéros relevés par Hillairet commencent par « Emplacement de… », signifiant que les bâtiments du XVIIIe siècle ont disparu. C’est bien dommage. Choderlos de Laclos, l’auteur des Liaisons dangereuses, le compositeur Boieldieu ou encore la femme de lettres Ninon de Lenclos ont vécu ici. Il y avait aussi une prison où la mère de Saint-Just, l’Ange noir de la Terreur fit enfermer son jeune fils qui avait commis quelque larcin. On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans. Remarquons cependant que, juste à côté du site du cimetière, le nouveau Campus Nation de l’Université de Sorbonne-Paris III est en construction, dessiné par l’architecte Christian de Portzamparc. Retardée par la pandémie, son inauguration est à présent prévue pour septembre 2021. Les volutes de l’escalier ne manquent pas de classe.

Site du Campus Nation de l’Université de Sorbonne-Paris III (Photographie André Lange-Médart).

Pour retrouver un peu de vie, je pousse ma promenade jusqu’à l’Avenue Daumesnil, la Porte Dorée et l’entrée du Parc de Vincennes. Là, pendant qu’assis sur un banc je fume mon petit cubain, j’observe un groupe allègre de jeunes mademoiselles Paris.

Mademoiselles Paris au Parc de Vincennes (Photographie André Lange-Médart)
Mademoiselles Paris au Parc de Vincennes (Photographie André Lange-Médart)

Il est temps de prendre le chemin du retour : Rue de Toul, Square Courteline, Avenue de Saint-Mandé, Avenue Bel-Air. Ke remarque au n°17 la remarquable façade Art nouveau, due à l’architecte Jean Falp et au sculpteur Georges Ardouin : fleurs, souris, et encore des jeunes mademoiselles à longues chevelures qui me rappellent celle de la Villa aux Roses de l’Allée de la Robertsau que j’aimais temps à Strasbourg.

17 Avenue Bel-Air (Photographie André Lange-Médart)
17 Avenue Bel-Air (Photographie André Lange-Médart)

J’arrive enfin sur le lieu du crime : la Barrière du Trône-Renversé, aujourd’hui Place de la Nation. La rénovation de la Place, que l’on doit à Madame Hidalgo, a créé autour de la statue centrale, Le Triomphe de la République, inaugurée en 1899 par le Président Sadi Carnot, un jardin, avec de nombreux bancs. C’est devenu un lieu de convivialité et il est possible d’approcher l’ensemble monumental de Jules Daou sans se faire écraser pour en examiner les détails.

Le Triomphe de la République sous l’oeil d’Orwell, Place de la Nation (Photographie André Lange-Médart)
Le Triomphe de la République (détail) (Photographie André Lange-Médart)
Nejma et ses copains (Photographie André Lange-Médart).

L’appropriation des statues commémoratives par la jeunesse insouciante est un de mes sujets photographiques favoris. Cela remonte à 1986 : je venais de m’acheter un Nikon à Manchester et une de mes premières prises fut celle d’adolescent ayant pris position sur la statue de la reine Victoria, Piccadilly. J’hésite toujours entre une réprobation moralisatrice et la sympathie pour cette désinvolture juvénile. Aujourd’hui, la Justice et l’Equité sont équipées d’une bicyclette.

Juste au moment où je photographie un groupe de jeunes sous une Abondance charnue, une jeune fille, qui avait le dos tourné, se retourne et m’offre un sourire amusé. Elle me demande si je puis la photographier avec son copain. Bien volontiers. Elle s’appelle Nejma. J’oublie de lui demander si elle a connaissance des flots de sang qui ont coulé ici.

« De révolte, aucune apparence. Extrême était l’abattement. La guillotine roulait à son heure, faisait son repas. Les charrettes de cette boucherie venaient lui apporter sa viande ; le tombereau retournait plein. C’était une sorte de routine, une mécanique arrangée. Chacun semblait habitué. Etait-ce blasement ? ou vertige ? »

Feuilletez l’album complet de la promenade ici.

3 commentaires

  1. De très grand intérêt historique, et touristique .Et belle évocation de Jacques Thiriar. Tu sais bien mes intérêts pour tes « publications parisiennes » et satellites. Lionel qui te remercie

    J'aime

  2. J’oubliais de mentionner la grande valeur des photographies, les sites et les gens confondus . Les uns valorisés par les autres. L »art de la vie étonnante. Le « noir et blanc « est astucieusement utilisé pour une plus grande force.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.