Promenades de troisième vague (mars-avril 2021). 1. Premières sorties

2 mars 2021

Rue Léon Frot (Photo André Lange-Médart);

Je vais rendre visite à Marceline. Une de mes plus vieilles amies, rencontrée au Festival d’Avignon en 1973. Ce n’est pas son vrai prénom, mais elle m’a dit un jour que je devrais écrire sur les femmes. Une autre fois, elle s’est choisie ce prénom. Nous prenons le thé en terrasse, au soleil et parlons de l’état du monde, avec tristesse. Je ne sais pas si j’arriverais un jour à écrire sur les femmes. Marceline me fait remarquer, non sans raison, que j’ai attrapé une « Philomène », qu’il serait temps que je me remette à marcher. Elle a pour moi une tendresse de grande soeur.

Sur un mur, cette inscription, en deux couleurs « Violence publique ! Médias complices ! ». Que veut-elle dire ? Je ne le sais trop. Je suppose que la « violence publique » désigne la brutalité des forces de l’ordre, souvent critiquée ces derniers mois. « Médias complices ». Ces attaques généralisantes sur les médias, venant aussi bien de l’extrême-droite que de l’extrême gauche, m’agacent de plus en plus. Elles sont devenues caricaturales. Le Chomsky du pauvre. L’extrême-droite pousse la critique des médias pour promouvoir ses propres organes de « réinformation », qui, bien entendu, sont des organes de propagande. Etant donné le quartier, je pense que les inscriptions, ici, émanent plutôt de quelques activistes d’extrême-gauche, des anarchistes peut-être. On leur a connu plus de talent dans le cri public.

6 mars 2021

Place des Vosges, 6 mars 2021 (Photo : André Lange-Médart)

Le 6 mars, il faisait un beau soleil de fin d’hiver. Nous avons fait notre première promenade depuis des mois. J’ai pris deux photos, l’une Place des Vosges, l’autre du Quai d’Anjou, vu de l’ancienne Voie Georges Pompidou. Après des mois d’enfermement face à l’ordinateur, aux miasmes trumpistes que je m’acharnais en vain à analyser, c’était comme un réveil. J’étais tellement enthousiaste que j’ai posté d’emblée sur Facebook a banale photo de jeunes assis sur la pelouse de la Place des Vosges et son succès a été immédiat. Le fait que la plupart de ces gens ne portaient pas de masque n’a suscité aucune observation.

L’air été frais et nous ne nous sommes pas attardé sur la Place. Nous avons traversé la petite cour de l’Hôtel de Sully. La librairie, spécialisée dans le patrimoine parisien y était ouverte. Pendant que Mina fumait une sèche sous les Sphynx, j’y ai fait un petit tour. Je n’ai rien acheté, mais c’était une bonne idée.

Sur la berge, assis sur un muret, j’ai fumé un petit cubain en observant les policiers qui venaient tranquillement sermonner les sans-masques. Sans grand succès. Il paraît qu’une heure plus tard, à l’approche du couvre-feu, ils ont donné la charge.

Le Quai d’Anjou vue de la Voie Georges Pompidou, 6 mars 2021 (Photo : André Lange-Médart).

7 mars 2021

L’éternité, c’est long, surtout quand on a faim.

7 mars 2021

Je remercie Amanda Gorman de m’avoir fait découvrir l’existence de poètes aux Pays-Bas. Je ne sais pas pourquoi, mais je n’avais jamais imaginé que cela existait.

8 mars 2021.

Peut être une image de une personne ou plus, personnes debout, cheval et plein air

Danielle Bajomée poste cette rare photo colorisée d’un auteur anonyme : « Liège, Boulevard Piercot vers 1885. Des femmes charrient du charbon vers un soupirail (celui du Conservatoire? ). On distingue la statue de Charlemagne et l’Eglise du Saint-Sacrement sur le Boulevard d’Avroy…ainsi qu’un facteur en sarrau ».

Selon une légende familiale, un des mes ancêtres, apprenti charpentier, à l’âge de quatorze ans, travaillait sur le chantier du Conservatoire, alors en construction. Il est tombé du deuxième étage et un de ses collègues, au premier étage, l’a rattrapé au vol.

9 mars 2021

J’apprends avec tristesse, avec près trois mois de retard, la disparition de Noureddine Saïl, qui fut le directeur du Centre du cinéma marocain. Il a été l’artisan du développement du cinéma marocain et africain francophone. J’avais eu l’occasion de coordonner avec lui l’organisation de la Réunion du Groupe d’Experts Cinéma dans les pays de Partenariat du programme Euromed Audiovisuel III de l’Union européenne (Casablanca, 20-21 juin 2013). C’était un véritable stratège, à l’esprit brillant et incisif.

17 mars 2021

Alisha (Photo André Lange-Médart)

Les collages sauvages des féministes agacent souvent. Agressifs, provocateurs, simplistes parfois. En ce qui me concerne, je trouve la pratique intéressante, malgré certains excès. Je ne sais plus dans quelle rue j’ai photographie celui-ci. Rue de la Pierre-Levée, peut-être. Peu importe. Il est très émouvant.

Je me contente de reprendre ce qu’a raconté la presse, le 10 mars :

« C’est lundi soir, vers 20 heures, que la mère d’Alisha a signalé la disparition de sa fille. Quelques minutes plus tôt, vers 19h30, une autre mère s’est rendue au commissariat d’Argenteuil. Selon le procureur de la République de Pontoise, elle a expliqué aux forces de l’ordre que son fils de 15 ans était rentré à la maison avec sa petite amie en fin d’après-midi. Il lui aurait annoncé qu’ils venaient de frapper une jeune fille. D’après l’adolescent, elle serait ensuite tombée dans la Seine. Le garçon a également indiqué à sa mère où auraient eu lieu les faits. Les enquêteurs se sont alors rendus sur place, sous le pont de l’A15 à Argenteuil, où le corps d’Alisha est retrouvé vers 21 heures, à 1 mètre de profondeur dans la Seine. Le parquet a précisé qu’il était immergé dans un mètre d’eau, à 4,50 m de distance de la berge et à 7 m du ponton en béton situé en hauteur.

L’examen du corps de la victime a permis de constater qu’elle avait été violemment battue à la tête et au visage. « Le jeune homme lui aurait donné des coups de poings et de pieds au dos et à la tête », a détaillé le procureur. « Cette dernière était encore consciente, les deux ados l’ont ensuite jeté dans la Seine », a-t-il poursuivi. En revanche la jeune fille a indiqué ne pas avoir porté de coups à la victime. Lors de leur garde à vue, « ils n’ont pas fait part non plus d’un remords immédiat ». D’après l’autopsie réalisée ce mercredi matin, la victime est morte par noyade. « A ce stade il n’y a pas d’autres causes qui peuvent expliquer les raisons de ce décès », a souligné le procureur.

Deux suspects, un adolescent de 15 ans et sa petite amie, ont été interpellés dans la nuit de lundi à mardi, vers 2 heures du matin, et placés en garde à vue. Les forces de l’ordre ont pu procéder à leur arrestation grâce aux informations de la mère du garçon, à qui son fils avait détaillé les faits et qui a ensuite donné l’alerte. Leur garde à vue ont été levées vers 15 heures ce mercredi. Avant d’aller trouver les policiers, la mère du jeune suspect a également retrouvé des habits ensanglantés dans la chambre de son fils. « Il m’a dit la chose, mais je n’y croyais pas », explique-t-elle à BFMTV. « C’est un gros nounours mais depuis le mois de septembre, depuis qu’il a rencontré sa copine, ce n’est plus le même », ajoute-t-elle à propos de son fils.

Une enquête pour assassinat a été ouverte par le parquet de Pontoise. Les trois adolescents n’avaient pas d’antécédents pénaux connus. Déférés devant un juge mercredi dans l’après-midi, ils ont été mis en examen pour assassinat, selon BFMTV. Ils encourent vingt ans de réclusion, du fait de leur minorité. La victime et les deux adolescents placés en garde à vue fréquentaient le même établissement scolaire : le lycée privé professionnel, Cognacq-Jay, à Argenteuil. Selon la famille et les camarades de classe d’Alisha, cette dernière aurait été victime de harcèlement de la part des deux adolescents incriminés.

Le suspect aurait notamment piraté le compte Snapchat d’Alisha et, avec sa petite amie, il aurait divulgué des photos de la victime en sous-vêtements à d’autres élèves de l’établissement. La victime « m’a parlé, elle m’a dit qu’elle se faisait harceler. Je l’ai vue se battre avec celle qui la harcelait devant les toilettes » la semaine dernière. « C’est choquant, elle avait toute sa vie devant elle », explique une élève. Pire encore, juste avant les vacances d’hiver, Alisha aurait reçu des menaces de mort de la part du garçon. « Ma fille m’avait dit qu’elle était menacée de mort par ce garçon et cette fille », explique Jenny Khalid, la mère d’Alisha, au micro de BFMTV. En février, elle effectue alors un signalement pour harcèlement. On lui conseille de porter plainte, selon franceinfo, qui cite une source de l’Education nationale.

L’adolescent de 15 ans et sa petite amie du même âge faisaient l’objet d’une procédure disciplinaire pour harcèlement depuis début février, selon leur lycée. Les deux suspects avaient « interdiction de se rendre dans l’établissement et étaient convoqués en conseil de discipline pour ce mardi », soit le lendemain de la mort de la jeune fille. Lundi, avant la mort d’Alisha, une bagarre entre la victime et la petite amie de l’adolescent aurait par ailleurs éclaté au lycée. »

Le résumé du collage est bref, percutant. Mais la petite amie, complice de l’assassin, a disparu du récit.

19 mars 2021

Peut être une image de texte
Avenue de la République (Photo : André Lange-Médart)

Veille du troisième confinement parisien. Soleil, air froid. Beaucoup de monde en rue. Est-ce parce que le Premier Ministre, casse-tête, a dit hier qu’il vallait mieux être confiné à l’extérieur qu’à l’intérieur ? Les libraires sont contents : le livre est enfin devenu essentiel. Pour fêter cela, chacun, dans le XIème et alentours, consacre une vitrine aux nombreuses parutions qui célèbrent le 150èma anniversaire de la Commune. Les cafés et les restaurants sont toujours fermés. La plupart se sont organisés pour vendre à l’étalage des plats à emporter ou du vin chaud. Mon voisin fleuriste ne sait pas si oui ou non il pourra ouvrir lundi.

21 mars 2021

Passage du désir, Xe arrrondissement (Photo : André Lange-Médart)

Passage du désir : il ne faut jamais désespérer de Paris.

Hôtel Gouthière (Conservatoire Hector Berlioz), Xe arrondissement (Photo : André Lange-Médart)
La Communarde (Photo : André Lange-Médart)

22 mars 2021

Place des Victoires (Photo : André Lange-Médart)

Lundi. Pas de soleil. Nuages gris. Masque, casque, lunettes sur les cheveux (il fait frais, buée). Je flâne dans les rues du Sentier en écoutant Ferré, et d’autres que je ne connais pas, chantant Apollinaire. Rues quasi désertes, volets baissés, mannequins aux jolies robes, qui, dans leurs vitrines, n’attendent personne. Livreurs, colleurs d’affiches, et, dans une petite rue transversale de la Saint-Denis, des dames qui, elles, attendent. Rue d’Aboukir. Place des Victoires, l’iphone 12 nouveau défie Louis 14. Plus loin, la Banque de France, qui semble morte d’inanition. Devant l’église Saint-Eustache, des magnolias en boutons, qui me rappellent les printemps dans notre jardin de Strasbourg. Des corbeaux croassent et la canopée renvoie leur écho. Paris silencieux, Paris sans cieux.

Passage du Caire (Photo : André Lange-Médart)
Autoportrait en continu (Photo : André Lange-Médart)

22 mars 2021

Le disque « Chants juifs » par lequel j’ai découvert Sonia Wieder-Atherton est enfin réédité. Je me souviens du moment, du lieu. Montpellier, 1989 ou 1990. Mon attention avait été attirée par le nom de Chantal Akerman qui figurait sur la pochette. Depuis cette découverte, je suis fan absolu de Sonia. C’est la seule artiste que j’ai vue quatre fois en scène (à la FNAC de Strasbourg pour la présentation de son disque Au commencement était Monteverdi, à la Philharmonie de Paris pour son hommage à Nina Simone, aux Bouffes du Nord pour ses adaptations de Boccherini et à la Philharmonie encore, pour la Nuit blanche de 2019 où elle avait captivé un public mobile avec son Odyssée.

23 mars 2021

La grisette (Photo André Lange-Médart)

Mardi. Soleil. Grands cieux sur Paris, cieux pour les Dieux, bleus comme mes yeux. Barbara voulait voir l’automne sur le Canal Saint-Martin. Tout le monde vient y voir le printemps. C’est jeune et c’est vieux. Avec ou sans masque. La grisette attend son amoureux.

Quai de Valmy (Photo : André Lange-Médart)

24 mars 2021

Pierre-Henri Béranger (Photo : André Lange-Médart)

Mercredi. Beau soleil, air doux. Paris a retrouvé sa jeunesse et j’essaie de retrouver la mienne. Deux à trois heures de marche par jour. Pierre Henri Béranger lui, reste assis, pensif dans la lumière, au Square du Temple, rebaptisé Square Elie Wiesel. Il doit se demander qui, de lui ou de François, est le moins oublié. Qui a jamais entendu une chanson du célèbre satiriste ? Quand je tape son nom dans Qobuz, j’obtiens « Michel Onfray, artiste ». Je m’en vais jusqu’à la librairie de la rue de Quincampoix, où je me sens toujours un peu chez moi, puis jusqu’aux bouquinistes du quai de Gesvres. Marcher est une activité plus saine que lire. Peu de voitures, beaucoup de piétons, malgré les magasins fermés. Les masques soulignent la beauté du regard des femmes. Nombre d’entre elles préfèrent à présent montrer leur sourire. C’est agaçant et réconfortant à la fois. Peu de couples. Des groupes de filles papotent, assises en tapisserie sur les trottoirs du Carreau du Temple ou de la Place de la République. Elles regardent les jeunes gars qui tapent le ballon ou qui skatent sans attention pour elles, ni d’ailleurs pour les passants. Il est temps que Cupidon se déconfine.

 J’ai constaté que le petit Paris-Rome, où j’avais mes habitudes. Rue des Archives, n’a pas survécu à la crise. Il ne payait pas de mine, mais c’était une petite trattoria aux savoureuses pâtes alla salsicia.

Rue du Temple (Photo : André Lange-Médart)

24 mars 2021

Il est question d’envoyer Molière au Panthéon. Il serait donc mort ?

28 mars 2021.

Peut être une image de 1 personne, monument et plein air

Tout à l’heure, près de chez moi, j’ai vu cette dame agrippée à la façade du 4ème étage. Je suppose que la femme de son amant est rentrée plus tôt que prévu. Je lui ai demandé si il fallait appeler les pompiers. Elle m’a répondu que c’était n’était pas nécessaire, qu’elle avait le temps.

Feuilletez l’album Premières promenades de troisième vague

Suite : 2. Elargissement du domaine de la marche

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