Bribes de déconfinement – Du 11 au 15 mai 2020

15 mai 2020

Je fusionne et retouche mes deux albums, qui deviennent Paris au temps des masques.

14 mai 2020

8/10 Nous sommes le 14 mai 2020. Le confinement qui dure depuis le 16 mars est terminé, mais Emmanuel Cocq m’a donné la tâche de choisir 10 films qui ont grandement influencé mes perceptions et mes pensées. Un film par jour, pendant dix jours consécutifs. Juste une image tirée d’un film. Pas d’explications, pas d’affiche, pas de critiques.

Louise Brooks dans Das Tagebuch einer Verlorenen.

J’aime ce moment où elle se fâche juste en plissant un de ses deux beaux yeux. Je me souviens très bien de la découverte de ce film. Je déambulais, assez désoeuvré, sur les Champs Elysées. Je ne sais plus quand ni à quelle occasion j’étais à Paris, ni pourquoi j’étais sur les Champs, dont je n’aime guère l’ambiance. Je suis passé par hasard devant un petit cinéma qui programmait « Le journal d’une fille perdue », annonçant que le film venait d’être restauré. Je connaissais vaguement le mythe de Louise Brooks, mais n’avais rien vu de ses films, même pas Lulu. Ce fut une épiphanie, un ravissement absolu. De retour à Liège, je fis par de mon enthousiasme à Jacques Dubois, qui me proposa d’en parler au cours d’Histoire des spectacles. Je déclinai l’invitation. Le scénario du film n’a rien de très extraordinaire. Et comment faire un cours sur Louise Brooks ? Je me souviens aussi de sa mort. J’ai conservé le dossier que Libé lui avait consacré, lu au bord d’un lac bleu turquoise dans une ancienne mine de bauxite du Haut Var.

Je l’ai rencontrée un jour près du château de Prague. Elle avait un petit accent de suisse germanophone. Nous avions assisté ensemble, sur une petite place de la Mala Strana, à une représentation en tchèque du Songe d’une nuit d’été. Elle lisait Tom Wolfe. Celle-là était insaisissable. Elle m’écrivit pour me demander une bibliographie sur le cinéma sud-américain et disparut.

13 mai 2020

Deuxième promenade dans Paris déconfinée. Malgré le soleil, malgré les enfants qui jouent dans les allées du Boulevard Richard-Lenoir, une grande impression de tristesse. Restaurants fermés, terrasses de cafés absentes, chaises empilées, nombreux volets baissés, affiches qui, il il y a deux mois, disaient la vie et sont à présent ou dépassées ou arrachées. Beaucoup plus de SDF que d’habitude, ce qui n’est pas peu dire. Je photographie les gens masqués, à la fois parce que cela fait époque, mais aussi parce que ces gens masqués donnent une impression d’un monde autre, au fond très photogénique. Mais ce choix biaise la réalité. A peine un passant sur quatre est équipé. Pourquoi les autres ne le sont-ils pas ? « Rupture de masques » dit une affiche. Impression d’inconscience aussi : déjà l’on retrouve les zombies qui marchent fixés sur l’écran de leur téléphone portable et qui vous bousculeraient si vous n’y preniez garde. Je rentre inquiet. Je délave les couleurs de mes clichés. Je n’ai jamais vu Paris aussi blême. Album.

Cher Richard, si tu regardes attentivement l’album photographique que j’ai posté ce matin, tu pourras constater que mon désir de mon mort s’exprime par un souhait de passer une Happy Hour, bien assis, au Père Lachaise. Ah ! Mon Coco !

Finalement, peut-être que Giorgio Agamben avait raison. Très belle action, faite avec beaucoup d’humour. La réaction de la police bruxelloise est ici absolument incroyable, d’une démesure risible. Le rameur pratiquait une véritable distanciation sociale, tandis que le gros balourd qui le plaque au sol ne porte pas de masque. Il devrait porter plainte !

Hier après-midi, malgré mes bonnes résolutions, je n’ai pas pu m’empêcher de sortir. Vaincre la peur. Pour la première fois de l’année, j’ai repris mon lourd appareil photographique. Album

Rue de Renory, à Kinkempois, il y avait une salle de cinéma qui appartenait au cercle catholique. Il s’appelait le Rex. Je n’étais pas autorisé à y entrer, probablement pour un cumul de ces deux caractéristiques. Je ne pense pas qu’il devait y avoir de belles ouvreuses. Mais un soir, alors que nous revenions de la Foire d’octobre, il chatoyait d’un incendie. C’était mon premier incendie et c’est le film de mon enfance resté le plus mémorable. C’était superbe.

12 mai 2020

Michel Onfray lance Front populaire, un mouvement qui réunit les souverainistes de droite et de gauche. Arriver à réunir le jacobin Chevènement et le vendéen De Villiers, même Maurice Barrès n’y serait pas arrivé. Natacha Polony, absente, se serait-elle convertie à l’Europe pendant le confinement ?

« La culture est comme l’herbe sauvage : on peut la fouler aux pieds, elle se redresse toujours » (Robert Musil).

Mon ami Michel Gheude se moque du style un peu lourd d’un article « Du néolibéralisme au néoviralisme » que le philosophe Jean-Luc Nancy a publié le 10 mai dans Libération. L’article me paraît pourtant intéressant, je réponds à Michel : « Jean-Luc Nancy cherche à penser une idéologie qui s’est développée en France ces dernières semaines et dont Jean Quatremer a été un des locuteurs les plus explicites : le confinement aurait été une vaste erreur politique dont le coût serait disproportionné par rapport à ses effets induits. Or, justement, cette position fait l’impasse sur les recommandations des comités scientifiques mis en place, en France et en Belgique notamment. Je ne trouve pas déplacé qu’un philosophe tel que Jean-Luc Nancy réponde, à sa manière, à cette idéologie. »

11 mai 2020

Le journal Le Soir a publié le 9 mai une planche de Kroll, le caricaturiste le plus en vue de Wallonie-Bruxelles, qui se moque des différentes théories complotistes sur l’origine du Covid-19.

Sur sa page Facebook et sur la page du groupe Resistances.be, Michel Lussan, ex-Administrateur & Directeur de la Communication de l’Association pour la Mémoire de la Shoah, publie le seul détail suivant avec un commentaire virulent : « Dessin immonde ,rappel du sinistre carnaval d’Alost de 2020, du récidiviste Pierre Kroll qui se roule régulièrement dans la fange antisémite paru dans Le Soir du 9 mai 2020. Premier quotidien francophone du Royaume de Belgique .N°1 en audience, en investissements publicitaires & en subsides du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.Urgence d’assécher, ici maintenant, tous les moyens financiers de ceux qui répandent l’incitation à la haine par ces temps de COVID-19 .Le septième dessin de Kroll rappelle le sinistre carnaval d’Alost de 2020. On peut rire de tout mais pas avec tout le monde ! Ce « dessinateur » commet périodiquement ce genre d’obscénité également sur la TV de service public RTBF ! Est-ce que l’administrateur-délégué du Soir(Groupe Rossel) Bernard Marchand aimerait en parallèle être confondu avec le sinistre éditeur Julius Streicher de Die Sturmer ? Urgence : stopper ces agissements récurrents .L’antisémitisme est un délit dans notre code pénal .Plus d’arguties juridiques façon UNIA ».

Sur la page du groupe Résistances.be, qui est le lieu de rencontre et d’information de nombreux antifascistes belges, de diverses tendances politiques, la démarche de Michel Lussan suscite l’indignation. Lussan a sorti le dessin relatif au complot juif de son contexte et tente de manière assez dérisoire de faire croire que Kroll est antisémite. Je ne suis pas un inconditionnel de Kroll, mais, voyant qu’une amie, abusée par la maneouvre de Lussan écrit « On est toujours au Moyen Âge » je ne puis m’empêcher de contribuer au débat :  « Oui, Françoise, en effet, c’est très moyen-âgeux d’extraire un dessin de son contexte pour lui faire dire exactement le contraire de ce qu’il signifie. Comme l’indiquent de nombreux commentaires, le dessin est extrait d’une planche qui se moque des différentes thèses complotistes, dont celle, qui circule en effet, d’une invention juive. Kroll recourt aux stéréotypes de la caricature antisémite, mais c’est évidemment pour s’en moquer. Je pense qu’il faudrait conseiller à Michel Lussan de retirer sa charge, qui n’a pas lieu d’être et induit ses lecteurs et lectrices en erreur. (…)  A voir ces dessins, il me paraît évident que Kroll est bien celui qui a inventé le Covid 19 et qu’il doit être immédiatement fusillé, comme le suggère Michel Lussan. (..) »

Hier soir, Twitter bruissait d’une rumeur sur une odeur de souffre affligeant Paris. On ne sait si c’était les boules puantes avec lesquelles Chalençon espérait déloger Macron de l’Elysée ou si Satan qui avait fait un pet. Malgré l’échec du coup d’Etat, quelques gilets jaunes ont manifesté Place de la République. Celle-ci tremble sur ses bases, tant l’attaque a été violente. D’autres partisans de Chalençon, absolument déçus de la tournure des événements, se sont réunis au Canal Saint-Martin en diverses cellules de réflexion pour discuter des prochaines actions.

0 h. 55 Il est maintenant clair que le coup d’Etat de Chalençon a échoué

Bon, il est déjà 0 h. 30 ce 11 mai et je n’entends toujours pas les canons.

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