Un double ratage à République

La plus belle des photos ratées Photo André Lange-Médart
La plus belle des photos ratées
Photo André Lange-Médart

Hier soir, retour d’une flânerie à la Butte aux cailles, pour photographier quelques belles oeuvres de Street Art, nous sommes en correspondance à la station République. Sur le quai d’en face, une belle famille africaine devant l’affiche de l’exposition « Le pressionnisme. Les chefs d’oeuvres du graffiti sur toile de Basquiat à Bando », qui se tient actuellement à la Pinacothèque de Paris. A vrai dire, je n’aime pas trop l’affiche, que je trouve assez tape à l’oeil, mais la famille forme un beau groupe. Deux parents, six enfants. Saisir un beau groupe, à la volée, dans son unicité de groupe, est une des choses difficiles dans la photographie de rue et j’essaie de compléter ma maigre collection. Il y a toujours un moment un peu confus où les personnages se superposent, altèrent la lisibilité de l’image, où le groupe forme une masse informe et non un groupe. Souvent, dans le groupe, il y a guetteur, celui ou celle qui va vous voir avec votre appareil, va donner l’alerte et briser la fluidité de la scène. Au mieux, cela donne alors la photo d’un groupe sympathique qui prend la pose, comme l’autre jour les potes de la Rue de Candie. Et bien entendu, il y a le plus souvent un élément étranger au groupe présent dans le champ qui vient rompre l’harmonie de l’ensemble.

La rame arrivant de Gallieni entre dans la station, dans un instant va masquer la scène, et la famille va monter à bord. J’arme mon Canon en vitesse. Quelqu’un passe devant moi. Je pressionne le déclencheur juste à temps, mais la photo est bougée. Ratée. Dommage, car elle aurait pu être jolie. La mère et une des filles en orange, comme des éléments de graffitis sur l’affiche. Une des filles, celle toute en noir, était en train de sauter du banc, comme si elle sortait de l’affiche. C’est malgré tout une de mes plus belles photos ratées, et je la publie pour l’ironie du ratage immédiatement consécutif.

Notre rame, qui arrive de Levallois, entre à son tour en station. En montant, je sens un type qui est un peu trop proche, derrière moi. Je me retourne, il s’écarte. Une fois assis, je me rends compte que la fermeture éclair de ma sacoche est ouverte. Bizarre. Je suis parfois distrait, mais quand même ! Enfin, tout est bien en place, mon portefeuille, le petit volume de Don Segundo Sombra, la boîte de cigarillos. Je rassure Mina.

Deux stations plus loin, nous descendons. Une dame qui sort du même wagon m’interpelle, me montre sa carte de police. Elle est en civil, casual, excellent camouflage urbain. Elle me demande si on ne m’a rien volé, si je suis prêt à témoigner contre le type qui a essayé de visiter ma sacoche. « Vous savez, cela fait deux heures qu’on les file, lui et son comparse. Si vous acceptez de témoigner, mon collègue pourra l’interpeller et il passera la nuit en garde à vue. Cela nous aiderait ». La dame est souriante et même plutôt sympathique. Nous reconstruisons rapidement les faits, nous parlons bien du même bonhomme. Cela colle. Je suis assez impressionné par la justesse de ses observations. Sans trop d’état d’âme, j’accepte de témoigner. Elle rédige un petit texte. Je lui demande de ne pas y mettre le terme « bronzé », qu’elle a utilisé, et dont je sais trop ce qu’il signifie dans la bouche d’un policier français. Elle acquiesce. Je signe. Quand elle voit que je suis belge, elle me dit : « Ah ! Il y a des problèmes en Belgique aussi. Nos voleurs y vont parfois! ». Nous lui racontons les méfaits dont nous avons été témoins ces dernières semaines : une valise piquée à deux jeunes touristes chinois pendant qu’ils se débattent avec le distributeur de tickets de métro, à la Gare du Nord. Et une tentative de vol dans le sac d’une amie de Pékin, dans les escaliers de la station Monceau.

Enfin, ce voleur là a, lui aussi, raté son coup. Il ferait bien d’aller prendre des leçons à Pékin, où je m’étais fait voler mon portefeuille, toujours dans une sacoche en bandoulière à la fermeture éclaire soigneusement fermée, par un fin expert, opérant pendant que je filmais le trône impérial dans la salle de l’Harmonie universelle de la Cité interdite. Mais, comme on peut le voir dans ma Lettre de Pékin, je ne l’avais pas tout à fait raté non plus, puisque j’ai filmé ce qui était probablement l’ombre de sa main.

La photographie aussi est un vol à la tire et, après coup, je me demande si j’ai bien fait de témoigner contre un confrère.

Paris, 16 août 2015.

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