Vestiges du Quartier latin

 Ecole maternelle, Rue Saint-André des Arts (juillet 2015). Photo André Lange-Médart.

Ecole maternelle, Rue Saint-André des Arts (juillet 2015).
Photo André Lange-Médart.

Comme tout le monde, je n’aime plus le Quartier latin.

« Ce quartier
Qui résonne
Dans ma tête
Ce passé
Qui me sonne
Et me guette
Ce Boul’ Mich’
Qu’a d’la ligne
En automne
Ces sandwichs
Qui s’alignent
Monotones
Quartier latin
Quartier latin
Quartier latin . »

Ferré, il y a longtemps, en chantait déjà la nostalgie. Je ne vais pas me risquer au topique. La première fois que j’y suis venu, quand tout était déjà fini, en juillet 68, mon père photographiait les « paniers à salade ». Plus tard, dans les années 70, étudiant sans le sous, j’achetais mes sandwichs au Gargantua, une petite échoppe ambulante, au coin de la rue de la Huchette et de la rue de la Harpe.

Il y a quelques semaines, j’étais revenu Place Saint-Michel pour observer une manifestation des employés des librairies. L’autre jeudi, c’était encore une question de livres qui m’y ramène. Les librairies parisiennes ont mis un bel outil qui aide les consommateurs à résister aux facilités de des Amazones luxembourgeoises fiscalement optimisées : le service Paris Librairie (un peu abusivement surnommé « La plus grande librairie du monde ») vous permet d’identifier quelles librairies ont en stock les livres que vous recherchez. Sur votre tablette ou votre smartphone, l’application vous permet même d’identifier laquelle de ces librairies est la plus proche. Je prépare un voyage en Argentine, recherche Histoire de l’Amérique latine de Pierre Chaunu et Les Jésuites de Jean Lacouture, et me voilà conduit à la belle librairie Compagnie, rue des Ecoles.

Changeurs de livres, rue de l'Hirondelle (juillet 2015) Photo André Lange-Médart
Changeurs de livres, rue de l’Hirondelle (juillet 2015)
Photo André Lange-Médart

Le Quartier latin est devenu plastique, certes, mais ma caméra aide à saisir quelques personnages. De petits trafiquants de livres, rue des Hirondelles. Des élégants en cuir noir, qui promènent leur toutou rue Saint-André des Arts. Une femme de ménage, portugaise ou chilienne, qui promène le chien devant une boutique qui prétend former des photographes « à la Doisneau » et apprendre à « shooter son sapin ». Un militant de Lutte ouvrière qui prône la révolution devant le cinéma Espace Saint-Michel. Je me souviens d’Ali, il y a trente ans, affirmant déjà que le trotzkisme était une belle horloge, marquant toujours la même heure. L’archange ne change pas beaucoup, lui non plus. Sur les quais, les bouquinistes cherchent à survivre avec de fausses affiches, des tours Eiffel de plastique et des magazines archivant le Tour de France. Mais, avec un peu de patience, on pourrait encore y trouver son bonheur.

 Je ne veux pas être photographe (Paris, juillet 2015) Photo André Lange-Médart

Je ne veux pas être photographe (Paris, juillet 2015)
Photo André Lange-Médart

Pour noyer ma mélancolie, rentré à la maison, j’écoute la voix d’Adrienne Monnier évoquant Apollinaire, Fargues, Jules Romain, Larbaud, Breton, Aragon, André Gide, Valéry, Raymonde Linossier et tant d’autres. Breton, silencieux, impressionné par Apollinaire. Elle attribue à celui-ci l’invention du mot « surréalisme ». Larbaud, tout pâle, lorsqu’il récite de la poésie, les Elisabethins ou Gongora et son enthousiasme pour les premiers fragments de l’Ulysse de Joyce, communiqués par Sylvia Beach.

Allez, je repars en flânerie, pour le Canal Saint-Martin.

Paris, 4 août 2015.

Ouvrez l’album photographique ici.

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