Condoléances à Lara Antipova.

Julie Christie et Omar Sharif dans "Docteur Jivago".
Julie Christie et Omar Sharif dans « Docteur Jivago ».

Omar Sharif vient de nous quitter. Il était un des personnages d’une de mes anecdotes statistiques préférées.

Lorsqu’en 1986, à Manchester, on me demanda pour la première fois d’établir une liste des films européens ayant eu le plus de succès, je n’avais pas encore créé la base de données LUMIERE. La seule source qui m’était disponible était un classement du magazine Variety proposant les 500 films ayant réalisé le meilleur box-office dans l’histoire du cinéma. Je me mis donc en tête d’identifier les films européens, en prenant comme critère la nationalité du réalisateur. Le premier film identifié fut Docteur Jivago de David Lean.

Docteur Jivago est un véritable cas d’école : le réalisateur était britannique, mais le scénario tiré d’un roman russe. Le producteur délégué, Carlo Ponti, agissait pour la Metro Goldwin Meyer. L’acteur principal était égyptien ; Julie Christie était britannique, mais née aux Indes.

Quelques mois plus tard, dans une assemblée de la FERA, la fédération européenne des réalisateurs et auteurs, qui se tenait dans la salle royale du Château de Chambord (excusez du peu !), le président de la session, le réalisateur hongrois Zolst Kesdi-Kovacs ouvrit les débats en faisant le constat suivant : « Nous ne pourrons avancer que lorsque nous aurons établi une définition de ce qu’est un film européen« . Personne ne savait à l’époque qu’il existait alors (ce que j’appris plus tard par une base de donnée suisse) une définition du film européen proposée par une Directive communautaire de 1964 (qui devait très étrangement être abrogée en 1999 par une Directive instituant un mécanisme de reconnaissance des diplômes pour les activités professionnelles couvertes par les directives de libéralisation et portant mesures transitoires, et complétant le système général de reconnaissance des diplômes). C’est bizarre, mais c’est comme ça.

La question posée par Kesdi-Kovacs laissa l’assemblée silencieuse. Je pris donc le risque de citer l’exemple du Docteur Jivago. Soucieux de détendre l’atmosphère (et de faire acte, comme à l’habitude, d’un peu de pédanterie) j’ajoutai « Si vous lisez le roman de Pasternak, vous apprendrez que Lara Antipova, la maîtresse de Jivago, était d’origine belge. Vous conviendrez que ce qui compte, dans un film, c’est la femme. Donc Docteur Jivago est un film belge« . Eclat de rire général.

Quelques minutes plus tard, le réalisateur flamand Rob de Heert montait sur la table royale pour jeter à tout vent un projet de résolution.

Il me semble que la Belgique devrait décréter un jour de deuil national en hommage à l’amant de Lara Antipova. Nous ne discuterons pas ici pour savoir si ses origines étaient flamandes ou wallonnes.

Paris, 10 juillet 2015.

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