Les voilures de la Fondation Louis Vuitton

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La Fondation Louis Vuitton, est, selon un chronique dans une récente livraison de la revue  Les Temps modernes, une des illustrations exemplaires du Paris, capitale possible du XXIème siècle. La visite de la Punta della Dogana, à Venise, proposée par François Pinault, il y a deux ans, m’avait passablement agacé. Qu’un homme d’affaires présente, dans un des plus beaux sites de la planète, ses goûts tape à l’oeil comme le fin du fin de la création artistique contemporaine me laissait pantois. Je craignais la même arrogance avec la Fondation Louis Vuitton, voulue par le patron du groupe LVMH, Bernard Arnault, réputé l’homme le plus riche de France.  La marque du marchand de sacs avait déjà saccagé, il y a deux ans, La Hune, la mythique librairie de Saint-Germain des Prés et le projet de la Fondation, installée au fonds du Jardin d’acclimatation, à l’orée du Bois de Boulogne, avait suscité maintes polémiques, mêlant considérations sociales, écologiques et urbanistiques. Ouverte en octobre dernier avec de retentissants échos médiatiques, la Fondation est l’oeuvre de l’architecte Frank Gehry, au fond du Parc d’Acclimatation. . La venue à Paris d’une amie de Pékin, plus curieuse d’avenir que de passé, nous donna l’occasion d’aller y voir de plus près.

La Fondation Louis- Vuitton (Photo André Lange-Médart)
La Fondation Louis- Vuitton (Photo André Lange-Médart) siècle.

La première impression, de face, est assez étrange. On croirait qu’un gigantesque abat-jour est tombé dans un grand sac en papier métallique, un peu chiffonné. Mais, en s’approchant, la grâce du bâtiment apparaît. Une fontaine étale en escalier incite l’esprit à la fraîcheur. Très vite, on perçoit que l’on est aux pieds d’un gigantesque navire de verre, aux voilures multiples et complexes. En pont de proue, un couple heureux s’enlace et l’ensemble audacieux en devient humain. Dans le bas de l’immeuble,  l’installation « Inside the Horizon » de Olafur Eliasson dégage une lumière jaune-or, comme si des trésors étaient déjà stockés dans la cale.

Des trésors, cette imposante caravelle de verre en contient. Mais, dès l’entrée dans le bâtiment, ce qui frappe, c’est l’espace. Un espace lumineux, tranquille, qui dilue aisément la pénible masse touristique. Lors de notre visite, la présentation des collections en est déjà à son Accrochage 3, « Pop & Musique / Son ». Gilbert & Georges, Andy Wahrol, Jean-Michel Basquiat, John Cage, Marina Abramovic, Betrand Lavier et quelques autres : nous sommes ici en présence des maîtres de la fin du siècle. Mina et moi avons surtout plaisir à retrouver Douglas Gordon, dont nous avions vu une rétrospective il y a quelques années à Barcelone. L’installation présentée, « K. 364 » comprend divers écrans sur lesquels on peut voir, en HD, une interprétation de la Symphonie concertante pour violon et alto du divin Mozart. L’immersion visuelle et sonore dans l’oeuvre est telle que l’on se perçoit comme un des solistes, attentif au moindre mouvement du partenaire. Rien à voir avec une vidéo sur Mezzo ou sur Medici.tv.

John CAGE, Extended Lulabilly. Photo André LAnge-Médart
John CAGE, Extended Lulabilly.
Photo André LAange-Médart

La montée vers les terrasses confirme l’impression d’harmonie audacieuse, d’espace, d’élégance. La place ne manque pas et l’installation Where the Slaves Live d’Adrian Villar Rojas, un gigantesque sandwich de pierre incorporant des objets trouvés, respire à son aise les délices de l’aliénation consumériste. Les vues sur le Bois de Boulogne, la Tour Eiffel, La Défense rénove la perception de l’étendue parisienne. A ce moment là, on se dit qu’inévitablement, comme Notre-Dame, comme la Tour, comme le Centre Georges Popidou, la Fondation Louis Vuitton est destinée à faire partie du patrimoine mythique de la Ville Lumière.

Mais le désir d’éclat conduit à une de ces aberrations égotiques dont on se serait bien passé : comme si l’exposition de quelques pièces majeures de la collection de M. Arnault ne suffisait pas, il fallait encore démonter le pouvoir muséographique : l’exposition  « Les clefs d’une passion » ambitionne d' »offrir aux visiteurs, et à chacun en particulier, l’expérience d’une vraie rencontre, intellectuelle, sensible et émotionnelle ». Quelques uns des grands chefs d’oeuvre du XXème siècle, ici, proviennent des grands musées du monde. On se demande comment il se fait que Les demoiselles d’Avignon ne sont pas là. La négociation pour faire venir de Saint-Petersbourg La danse de Matiise  a pris trois ans. De cet accrochage monumental d’oeuvres que, pour la plupart, j’ai eu l’occasion de voir dans leurs musées d’adoption, je ne retire d’autre émotion qu’une sorte de dégoût face à cette approche de l’exposition comme performance muséale, où l’originalité se réduit à la présentation de quelques oeuvres moins connues telles que les paysages en variations du finlandais Akseli Gallen-Kallela ou la série d’autoportraits de Helene Schjerfbeck, également finlandaise.

Dans cinquante ans, la Fondation Louis Vuitton deviendra propriété de la Ville de Paris. Le bâtiment conçu par Frank Gehry rappelle un peu celui qu’il a dessiné en 1989 pour le Walt Disney Concert Hall à Los Angeles. Un quart de siècle plus tard l’architecte américain livre un écrin que seuls les pisse-froid et les moralistes geignards ne pourront aimer.

Paris, 10 juin 2015

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