Sade entre quatre murs

A. ROBIDA, Portrait imaginaire de Sade, in O. UZANNE et A. ROBIDA, Contes pour les bibliophiles, Librairies-réunies, Paris, 1895.
A. ROBIDA, Portrait imaginaire de Sade,
in O. UZANNE et A. ROBIDA, Contes pour les bibliophiles, Librairies-réunies, Paris, 1895.

La passionnante exposition Sade, attaquer le soleil, conçue par Annie Le Brun, est sponsorisée, entre autres, par Le Figaro. Il y a là une indéniable double cruauté : les vielles lectrices du journal conservateur sont obligées de se confronter aux écrits du Divin Marquis et aux illustrations les plus écorchantes de sa pensée ; les jeunes adeptes du prisonnier de la Bastille sont contraints d’observer que ce qui fut jadis subversif fait aujourd’hui partie intégrante du convenu culturel.

Sauf erreur de ma part (cette exposition est tellement vaste !), le rôle de Octave Uzanne comme précurseur (bien timide il est vrai) de la réédition des oeuvres de Sade n’est pas mentionné. En 1878, Uzanne publie une préface à une édition de  Idée sur les Romans par  le Marquis de Sade. Officiellement, il s’insurge contre l’immoralité de Sade, mais sa proposition de soumettre l’oeuvre du Marquis à la loi de Lynch est joliment ambigüe, Albert Lynch étant un des illustrateurs de prédilection des livres d’Uzanne. Il est dommage que l’exposition ait omis de montrer le dessin « Sadisme » d’Albert Robida que l’on trouvera dans Contes pour les bibliophiles, Librairies-réunies, Paris, 1895, co-signé par Uzanne avec le caricatursite, qui lui même fit preuve d’une délectation satirique pour les supplices et autres cruautés. (Voir André LANGE « Le rire et l’effroi. Supplices et massacres orientaux dans l’oeuvre d’Albert Robida« , in Antonio Dominguez Leiva et Muriel Detrie (éd.), Le supplice oriental dans la littérature et les arts, Editions du Murmure, Neuilly-lès-Dijon, 2005). En 1901, Octave Uzanne publia une préface  de 24 pages, intitulée « L’idée de Sadisme et L’érotologie scientifique » à l’ouvrage du Dr. Eugène Duerhren Le Marquis de Sade et son temps. Etudes relatives à l’histoire de la civilisation et des moeurs du XVIIIe siècle, traduit de l’allemand par le Dr. A. Weber-Riga.

Manque également ce texte de Maxime Gorki, qui, venant de découvrir le cinématographe des frères Lumière, imagine dès 1896 l’adaptation à l’écran des oeuvres de Sade : « Et le cinématographe dont je ne comprends pas encore l’intérêt scientifique, servira les goûts de cette foire et la dépravation de sa foule. Il montrera des illustrations des œuvres de Sade et des aventures du chevalier de Faublas ; il pourra offrir à la foire des tableaux de l’incalculable chute de mademoiselle Nana, produit de la bourgeoisie parisienne, enfant chérie d’Émile Zola. Avant même de servir à la science et d’aider au perfectionnement de l’être humain, il servira à la foire de Nijni-Novgorod et à la propagation du vice. Lumière a emprunté l’idée de la photographie animée à Edison, l’empruntant, il l’a développée et réalisée… mais sans doute n’avait-t-il pas prévu où et devant qui son invention serait présentée ! » (Maxime GORKI, « Le Cinématographe Lumière« , traduction de Valérie Pozner. Le texte complet est disponible ici, sur le site 1895. Revue de l’Association française de recherche sur l’histoire du cinéma).

Paris, 26 décembre 2014.

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