Un souvenir de Jürgen Habermas

Le Monde publie aujourd’hui un texte de Jürgen Habermas : « Rendons l’Europe plus démocratique ! ».

Je ne suis pas autorisé à commenter ce texte d’un des penseurs qui a le plus marqué mon évolution idéologique au début des années 80. Mais je note qu’il y a certainement une erreur de traduction dans la phrase : « Si je vois juste, ils cherchent à consolider le fédéralisme exécutif impliqué dans le traité de Lisbonne en une domination intergouvernementale du Conseil de l’Europe contraire au traité.« . Habermas vise évidemment le Conseil européen, c’est à dire le sommet des chefs d’État ou chefs de gouvernement des vingt-sept États membres de l’Union européenne, et non le Conseil de l’Europe, organisation multilatérale regroupant 47 Etats. Qu’un traducteur fasse une telle erreur, passe encore, mais que la rédaction d’un « journal de référence » comme Le Monde ne connaisse pas la différence en dit long sur l’incompétence des journalistes (français ?) sur les questions institutionnelles européennes. La route est encore longue…

A propos d’Habermas, un  souvenir. Printemps 1981. Service militaire à la Chartreuse de Liège. Rien de stendhalien, mais une vielle caserne de l’époque napoléonienne, sale et quasi déjà abandonné à l’époque. Elle sera définitivement fermée l’année suivante. J’étais simple milicien au service du chiffre. Entendez le service postal, c’est à dire que j’étais un humble facteur. Durant un moment de pause, je m’étais installé au soleil, sur les marches arrières du bâtiment, pour lire L’espace public. Archéologie de la publicité, la thèse d’Habermas, ouvrage remarquable, couverture rouge de la collection « Critique de la politique » de Payot. Arrive l’adjudant W., vieux grincheux au bord de la retraite, mais au fond brave homme. « Eh, Lange, tu ne peux pas être là couché au soleil à lire comme sur une plage. » « Mais, adjudant, Napoléon étudiait la stratégie couché sur des bottes de foin« . « Mouais. Mouais » fit l’adjudant. « Et puis, adjudant, je sais bien que les livres rouges, vous ne savez pas les lire…« . L’autre, protestant : « Mais si, je sais lire... ». Le pauvre homme. j’appris sa mort quelques mois plus tard.

Strasbourg, 27 octobre 2011.

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