Rencontre avec un sculpteur dans le Jardin des Tuileries

LES CARNETS DE L’ANGE AVEUGLE – Le Paris de Balzac n’existe pas

21 janvier 2010

Rencontre avec un sculpteur dans le Jardin des Tuileries

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J’ai évoqué dans le billet précédent les doutes momentanés du peintre Hippolyte Schinner, le héros de La bourse, sur la moralité de sa bien-aimée, Adelaïde de Rouville. Le jardin des Tuileries n’est pas loin de la rue des Champs Elysées et c’est là qu’Hippolyte va noyer son chagrin. Au moins, ici, je trouve de la boue. 

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Perdre un bonheur rêvé, renoncer à tout un avenir, est une souffrance plus aiguë que celle causée par la ruine d’une félicité ressentie, quelque complète qu’elle ait été : l’espérance n’est-elle pas meilleure que le souvenir ? Les méditations dans lesquelles tombe tout à coup notre âme sont alors comme une mer sans rivage au sein de laquelle nous pouvons nager pendant un moment, mais où il faut que notre amour se noie et périsse. Et c’est une affreuse mort. Les sentiments ne sont-ils pas la partie la plus brillante de notre vie ? De cette mort partielle viennent, chez certaines organisations délicates ou fortes, les grands ravages produits par les désenchantements, par les espérances et les passions trompées. Il en fut ainsi du jeune peintre. Il sortit de grand matin, alla se promener sous les frais ombrages des Tuileries, absorbé par ses idées, oubliant tout dans le monde. Là, par un hasard qui n’avait rien d’extraordinaire, il rencontra un de ses amis les plus intimes, un camarade de collège et d’atelier, avec lequel il avait vécu mieux qu’on ne vit avec un frère.

Le “hasard qui n’avait rien d’extraordinaire” nous renvoie au déterminisme balzacien et, accessoirement, à son humour de romancier qui utilise ce déterminisme pour justifier les surprises utiles au progrès de la narration. Les lieux sont les relations sociales, les relations sociales sont les lieux.

François Souchet, l’ami que rencontre Hippolyte, est un sculpteur. Il n’y a donc rien d’extraordinaire à ce l’on trouve en ce lieu des sculptures. Plus que la statue de Waldeck-Rousseau par Masquette, ce qui attire mon regard est la “sculpture murale” de Lawrence Weiner, (Placé) sur un point fixe (Pris) depuis un point fixe. n°717, acquise par le Ministère de la Culture.

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Le sculpteur américain Lawrence Weiner est une des valeurs sûres de l’art conceptuel. En 1968 sa série Statements, constituée de sentences peintes sur des surfaces murales fait sensation. Je m’interroge : à partir de quand une inscription peinte sur un mur devient-elle une sculpture conceptuelle ? Je me souviens que, gamin, je m’interrogeais  déjà sur la signification de peintures sur les murs qui soutenaient les talus du chemin de fer de ma banlieue : “US, GO HOME” ou, plus mystérieux “RENORY + THIERNESSE = bâtards”. Quelques années plus tard, j’avais seize ou dix-sept ans, j’avais trouvé chez Aragon ce statement : “Celui qui aime écrit sur les murs” et je l’avais recopié au stylo sur le mur de ma chambre, récemment repeinte en jaune safran.

Par un hasard qui n’a rien d’extraordinaire, Lawrence Weiner, qui a interrompu la promenade d’Hyppolite Schinner et nous a empêché d’écouter sa conversation avec son ami Souchet, a traversé l’actualité artistique parisienne il y a juste un an. Mais j’ai manqué aussi bien l’exposition à la galerie Yvon Lambert que la rétrospective de ses vidéos au Centre Georges Pompidou. Je dois donc me contenter de la notice et d’une photo extraite de  A Bit Of Mater And A Little Bit More, mises à notre disposition par le Centre. (Note, octobre 2016 : j’ajoute qu’un court extrait est disponible depuis 2013 sur le site néerlandais LIMA. D’autres vidéos de Weiner sont disponibles sur le site UbuWeb)

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Il a aussi réalisé des vidéos porno-conceptuelles, la première en 1976, A Bit Of Matter And A Little Bit More, concomitante d’un certain mouvement de libération sexuelle. Il réitère en 2008 avec Water In Milk Exists, une nouvelle « structure » tournée au Swiss Institute de New York employant des amateurs, tous venant du monde de l’art : assistants d’artistes ou de galeries. Il n’y a pas véritablement de narration, même si certains des acteurs se questionnent sur la notion de réalité et que des phrases et graphismes typiques de l’artiste viennent traverser l’écran ; cette vidéo n’a rien de commun avec un film pornographique classique. Lawrence Weiner agite ici le puritanisme ambiant et critique les poncifs de l’industrie pornographique”.

Je devrais faire attention avec les contenus qui pourraient offenser les puritains. L’outil d’administration de ce blog me permet de connaître par quelles recherches gougéliènes les lecteurs arrivent sur mon blog. Je sais comme cela qu’il y a des lycéens préparant leurs devoirs. Aujourd’hui par exemple, il y a eu une recherche “Le Cousin Pons contrôle de lecture”. J’espère que mon billet sur la Place-Royale a été utile pour la préparation de ce contrôle.

Thème du prochain contrôle de lecture : “Comparez la critique du puritanisme chez Balzac et chez Lawrence Wiener.” Remise des travaux dans une heure.

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